Rapport 2021 de la Commission sur l’état de droit
Le Parlement européen a adopté par 429 voix pour, 131 contre et 34 abstentions, une résolution sur le rapport 2021 de la Commission sur létat de droit.
Tout en saluant le second rapport annuel de la Commission sur létat de droit, le Parlement a déploré que la Commission nait pas pleinement donné suite aux recommandations formulées par le Parlement dans sa résolution du 24 juin 2021 sur le rapport 2020 de la Commission sur létat de droit. Il a demandé que le rapport annuel comporte dautres éléments importants de la liste des critères de létat de droit adoptée en 2016 par la Commission de Venise, comme la prévention des abus de pouvoir, légalité devant la loi et la non-discrimination ainsi que laccès à la justice, y compris les aspects du droit à un procès équitable, de même quune évaluation des conditions de détention.
La Commission est invitée à donner plus de détails sur les indicateurs utilisés lors de lévaluation de la situation de létat de droit des États membres et à différencier ses constatations en distinguant de manière plus claire et plus compréhensible les violations systémiques et délibérées de létat de droit des violations isolées.
Le Parlement a déploré que le rapport ne reconnaisse pas clairement le processus délibéré de recul de létat de droit dans les pays faisant lobjet des procédures prévues à larticle 7, paragraphe 1, du traité UE, à savoir la Pologne et la Hongrie, et ne signale pas les défaillances de létat de droit dans une série dÉtats membres. Il a également regretté que plusieurs États membres, en particulier la Hongrie et la Pologne, aient été mentionnés à plusieurs reprises comme des sujets de préoccupation dans le rapport de synthèse de la Commission et quaucune amélioration tangible nait été enregistrée depuis la publication du rapport.
La Commission est invitée à : i) conclure chaque chapitre consacré à un pays par une évaluation de la performance des États membres vis-à-vis des divers piliers du rapport, en indiquant dans quelle mesure les conditions du règlement sur la conditionnalité liée à létat de droit ont été respectées; ii) inclure une évaluation de toutes les mesures en faveur de létat de droit mises en uvre au cours de lannée précédente, accompagnée dune analyse de leur efficacité et déventuelles pistes damélioration; iii) assortir les recommandations par pays incluses dans le rapport 2022 de délais de mise en uvre, dobjectifs et de mesures concrètes à prendre.
Systèmes judiciaires
Le Parlement a insisté sur le fait que les États membres doivent se conformer pleinement au droit de lUnion et au droit international en ce qui concerne lindépendance de la justice. Il a invité la Commission à inclure des recommandations concrètes à ce sujet dans son rapport 2022. Rappelant que le droit de lUnion prime sur le droit national quelle que soit la manière dont les systèmes judiciaires nationaux sont organisés, les députés ont demandé à la Commission i) de suivre attentivement les décisions des tribunaux nationaux concernant la primauté de la législation de lUnion sur les législations nationales et ii) dapporter une réponse concrète aux refus dappliquer et de respecter les arrêts de la CJUE et de faire rapport au Parlement sur les actions adoptées à cet égard.
Cadre de lutte contre la corruption
Profondément préoccupés par la progression du niveau de corruption et de détérioration observé dans certains États membres, les députés ont demandé à la Commission de mettre à jour et de renforcer la politique et les instruments de lutte contre la corruption dont dispose lUnion, notamment par une définition uniforme du délit de corruption et par la définition de normes et dindicateurs communs ainsi quen veillant à la bonne mise en uvre et au respect de ceux-ci.
Liberté dexpression et dinformation et liberté et pluralisme des médias
Le Parlement a rappelé que les journalistes et les médias sont de plus en plus souvent victimes dintimidations, de menaces (notamment sur les réseaux sociaux), de poursuites pénales, dattaques physiques, dincidents violents et dassassinats dans certains États membres. Il a condamné les stratégies doppression utilisées par les gouvernements de certains États membres, comme les poursuites-bâillons ou les campagnes de dénigrement, ainsi que le contrôle de plus en plus marqué des médias publics, de la société civile et des établissements universitaires par lÉtat.
Les députés ont regretté que le rapport 2021 ne reflète pas la gravité de ces tendances. Ils ont demandé à la Commission daméliorer les chapitres relatifs aux médias, dadopter des dispositions législatives de lUnion visant à lutter contre lutilisation des poursuites-bâillons par la définition de normes minimales et de présenter un cadre juridique ambitieux pour lutter contre la politisation croissante des médias dans certains États membres dans la future législation sur la liberté des médias.
Constatant que les fausses informations et la mésinformation des citoyens européens menacent la démocratie et létat de droit dans lUnion, les députés estiment quil reste beaucoup à faire dans le cadre de la législation européenne sur les médias pour créer des conditions équitables compte tenu de la transformation numérique du secteur des médias et de la généralisation des plateformes en ligne.
Démocratie et équilibre des pouvoirs
Le Parlement a défendu la position selon laquelle le principe de la séparation des pouvoirs est essentiel au bon fonctionnement de lÉtat. Il a invité la Commission et les États membres à prendre toutes les mesures nécessaires dès lors quun risque de manipulation des élections, par des acteurs étatiques, étrangers ou privés, est relevé dans un État membre de lUnion. Il a souligné que lutilisation illégale de Pegasus et de logiciels espions équivalents par les États membres à lencontre de journalistes, davocats, de personnalités politiques de lopposition et dautres personnes représente une menace directe pour la démocratie, létat de droit et les droits de lhomme. Il a demandé à la Commission dévaluer la mauvaise utilisation des outils de surveillance et ses répercussions sur les processus démocratiques au sein de lUnion.
Droits fondamentaux et égalité
Soulignant avec inquiétude que les femmes et les personnes vulnérables continuent de voir certains de leurs droits bafoués dans lUnion, le Parlement a rappelé que, dans certaines circonstances, les États membres ont délibérément recours à des mesures contestables du point de vue de létat de droit, de manière à légitimer des politiques discriminatoires qui nauraient autrement pas pu faire lobjet dactes législatifs, telles que des dispositions visant spécifiquement les personnes LGBTIQ ou limposition dune interdiction quasi totale de lavortement. Il a demandé une nouvelle fois à la Commission dinclure dans le champ dapplication des futurs rapports une évaluation approfondie des violations persistantes des droits fondamentaux dans toute lUnion, y compris de légalité et des droits des personnes issues de minorités.
Mécanisme pour la démocratie, létat de droit et les droits fondamentaux
Le Parlement a déploré la réticence de la Commission et du Conseil à accéder à la demande formulée par le Parlement dans sa résolution du 7 octobre 2020 en faveur dun mécanisme commun de lUnion pour la démocratie, létat de droit et les droits fondamentaux, qui devrait couvrir lensemble des valeurs inscrites à larticle 2 du traité UE. Il a invité une nouvelle fois la Commission et le Conseil à entamer immédiatement des négociations avec le Parlement sur un accord interinstitutionnel. Il a également rappelé limportance du règlement sur la conditionnalité liée à létat de droit lorsque des violations de létat de droit peuvent porter atteinte à la bonne gestion financière du budget de lUnion.
Enfin, le Parlement a invité la Commission à renforcer encore le dialogue régulier, inclusif et structuré mis en place avec les gouvernements et les parlements nationaux, les ONG et les autres parties prenantes, et à faire preuve dune plus grande transparence quant aux critères retenus pour choisir les informations de ces parties prenantes qui figureront dans ses rapports annuels.