Résolution sur les résultats de la modernisation du traité sur la Charte de l'énergie
Le Parlement européen a adopté par 303 voix pour, 209 contre et 63 abstentions, une résolution sur le résultat de la modernisation du traité sur la Charte de lénergie (TCE).
Le texte adopté en plénière avait été déposé en tant que résolution commune par les groupes S&D, Renew, Verts/ALE et The Left.
Le TCE est un accord international qui a été signé en décembre 1994 et est entré en vigueur en avril 1998. Le TCE compte 53 signataires et parties contractantes, dont lUnion européenne, Euratom et tous ses États membres, à lexception de lItalie, qui sest retirée en 2016. LUnion et ses États membres représentent plus de la moitié des membres du TCE qui prennent part aux votes.
En novembre 2018, face aux préoccupations juridiques et politiques croissantes suscitées par le TCE, un processus de modernisation a été lancé sous limpulsion de lUnion européenne et de ses États membres, en mettant laccent sur les normes de protection des investissements ainsi que sur la limitation de la protection des combustibles fossiles et la promotion du développement durable.
En juillet 2019, le Conseil a confié à la Commission un mandat en vue de la négociation dune modernisation du TCE et en mai 2020, lUnion européenne a présenté une proposition de modernisation du TCE. Les parties contractantes sont parvenues à un accord de principe le 24 juin 2022 sur la modernisation du TCE. Les modifications apportées au traité comprennent des modifications des normes de protection des investissements du TCE et une référence au droit des pays de prendre des mesures réglementaires pour des raisons telles que la protection de lenvironnement ou laction pour le climat.
Depuis la conclusion des négociations, lAllemagne, la France, lEspagne, les Pays-Bas, la Pologne, la Slovénie et le Luxembourg, qui représentent ensemble plus de 70% de la population de lUnion, ont annoncé leur intention de se retirer du TCE (lItalie la fait en 2016). Dautres États membres continuent denvisager la possibilité de quitter le TCE. Le Conseil nest pas parvenu à dégager une majorité qualifiée en faveur de la modernisation du TCE.
Rappelant que le TCE fait lobjet de vives critiques, le Parlement est davis que le TCE actuel est un instrument obsolète qui ne sert plus les intérêts de lUnion européenne, notamment en ce qui concerne lobjectif de neutralité climatique dici à 2050. Il souligne que le texte final du TCE modernisé nest pas en phase avec laccord de Paris, la loi européenne sur le climat et les objectifs du pacte vert pour lEurope, et ne répond pas aux objectifs définis par le Parlement dans sa résolution du 23 juin 2022 sur lavenir de la politique de lUnion européenne en matière dinvestissements internationaux, et plus particulièrement :
a) linterdiction immédiate pour les investisseurs dans les combustibles fossiles de poursuivre les parties contractantes pour la mise en uvre de politiques délimination progressive des combustibles fossiles conformes à leurs engagements internationaux,
b) le raccourcissement significatif du calendrier de levée progressive de la protection des investissements existants dans les combustibles fossiles, et
c) labolition du mécanisme de règlement des litiges (RDIE).
Le Parlement a pris acte du fait que la modernisation proposée du TCE maintient pendant au moins dix ans la protection des investissements existants dans les combustibles fossiles. Le compte à rebours de dix ans commencerait au moment de lentrée en vigueur du TCE modernisé, soit le 15 août 2023, si lUnion, ses États membres et les autres parties contractantes conviennent dune application provisoire de laccord, ou, dans le cas contraire, après ratification par les trois quarts des parties contractantes, prolongeant ainsi la protection des investissements dans les combustibles fossiles pour une période proche des 20 ans prévus par la clause dextinction du TCE.
Le TCE modernisé fixe une date butoir à 2040, année à partir de laquelle les investissements dans les combustibles fossiles ne bénéficieront plus dune protection si les parties contractantes optent pour lexclusion. Les députés sont préoccupés par le fait que cette échéance est en contradiction avec les connaissances actuelles relatives à la vitesse nécessaire pour labandon progressif des combustibles fossiles afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels et quelle compromettra les objectifs climatiques de lUnion. Ils regrettent que, dans le cadre de la modernisation du TCE, la plupart des parties contractantes aient décidé de maintenir indéfiniment la protection des investisseurs dans les combustibles fossiles.
Le Parlement a rappelé sa position selon laquelle lUnion et ses États membres ne devraient plus signer ni ratifier de traités de protection des investissements qui comprennent le mécanisme de RDIE, regrettant que le TCE modernisé conserve ce mécanisme obsolète de résolution des litiges. Il soutient les négociations en cours engagées au sein du groupe de travail III de la CNUCDI, dans le cadre desquelles lUnion et ses États membres uvrent à la création du tribunal multilatéral dinvestissement (TMI), qui pourrait devenir lorgane compétent de lUnion chargé de la résolution des différends internationaux en matière dinvestissements.
Les députés sinquiètent également du fait que la clause dextinction de vingt ans applicable en cas de retrait reste inchangée dans le texte modernisé et regrettent que ce point ne relève pas du mandat de négociation de lUnion, ce qui prive encore les pays restant parties au TCE de la possibilité de quitter facilement le traité si les arbitres continuent de compromettre la capacité des États à légiférer.
Les députés se félicitent de lannonce faite par les gouvernements polonais, espagnol, néerlandais, français, slovène, allemand et luxembourgeois de leur intention de se retirer du TCE et notent que, dans la plupart des cas, la décision a été prise sur la base des résultats du processus de modernisation.
Le Parlement rappelle quil a demandé à la Commission et aux États membres de commencer à préparer un retrait coordonné du TCE et un accord visant à renoncer à lapplication de la clause dextinction entre les parties contractantes qui le souhaitent. Il rappelle que lUnion ne peut ratifier le TCE modernisé quavec lapprobation finale du Parlement, et que le Parlement examinera ses positions antérieures et les lacunes de la modernisation sil est invité à lapprouver. Les députés estiment que le Parlement soutiendra le retrait de lUnion du TCE lorsquil sera invité à lapprouver.
La résolution souligne la nécessité dagir de manière coordonnée, afin dêtre plus forts dans les négociations de retrait, de limiter les effets négatifs de la clause dextinction et de prévenir effectivement tout litige au sein de lUnion. La Commission est invitée à engager immédiatement le processus devant conduire à un retrait coordonné de lUnion du TCE et le Conseil est invité à soutenir cette proposition.