Politique de concurrence - rapport annuel 2022
La commission des affaires économiques et monétaires a adopté le rapport dinitiative de René REPASI (S&D, DE) sur la politique de concurrence - rapport annuel 2022.
Considérations générales
Le rapport souligne que la politique de concurrence devrait avoir pour objectif de contribuer aux objectifs du pacte vert pour lEurope et à ceux de la boussole numérique et de renforcer la résilience du marché intérieur de lUnion. La politique de concurrence devrait apporter une sécurité juridique et les régimes permettant une plus grande flexibilité devraient être temporaires et ciblés et ne devraient pas compromettre lintégrité du marché intérieur.
Les députés se félicitent que la Commission ait précisé dans un projet de communication que la définition du marché en cause ne devrait pas reposer uniquement sur le prix du produit, mais également sur son niveau dinnovation. Ils estiment que la concurrence en matière dinnovation est un facteur essentiel pour déterminer le marché en cause et demandent à la Commission dadopter une vision à plus long terme englobant la dimension mondiale et la concurrence future potentielle dans ses évaluations de la concurrence.
Le rapport se félicite de la révision du règlement général dexemption par catégorie visant à permettre aux États membres dinvestir davantage dans les secteurs importants pour la transition vers une économie à zéro émission nette, tels que lhydrogène bas carbone et la recherche et le développement, ainsi que dans des mesures daccompagnement permettant de faciliter la transition numérique de tous les secteurs. Il relève quune solide politique de concurrence renforcera la résilience du marché unique de lUnion, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME).
Réaction politique à la guerre en Ukraine et à loi sur la réduction de linflation
Les députés se félicitent de ladoption rapide de lencadrement temporaire de crise pour les mesures daide dÉtat visant à soutenir léconomie à la suite de lagression de la Russie contre lUkraine, et de ses prolongations ultérieures. Ils estiment que lobjectif de lencadrement temporaire de crise et de transition est de créer les conditions permettant aux entreprises dêtre compétitives au service de lintérêt général.
Le rapport souligne que des arrêts rendus dans différentes affaires ont précisé que des aides dÉtat ne peuvent être accordées si le bénéficiaire enfreint les règles environnementales. Il insiste pour que la Commission nautorise les aides dÉtat octroyées par les États membres que si elles poursuivent un objectif dintérêt commun et encourage les États membres à mettre en place dautres conditions contraignantes pour la perception daides dÉtat.
Les députés sont profondément préoccupés par le risque dune plus grande fragmentation du marché intérieur en raison dun assouplissement excessif des règles en matière daides dÉtat et du recours aux subventions en réponse à la loi américaine sur la réduction de linflation. Ils mettent en garde la Commission contre la concurrence internationale en matière de subventions, et la prient dutiliser les outils à sa disposition pour prévenir et sanctionner toute concurrence déloyale en la matière. Ils demandent à la Commission de prêter une attention particulière aux différents niveaux de marge de manuvre budgétaire dont peuvent bénéficier les États membres afin de leur apporter une aide et de surveiller les effets de distorsion éventuels.
Les députés réaffirment que la réponse de lUnion à la loi américaine sur la réduction de linflation ne devrait pas reposer uniquement sur les aides dÉtat, mais devrait également inclure dautres domaines de la politique de concurrence, tels que le contrôle des concentrations.
Le rapport préconise la modernisation des règles relatives aux marchés publics afin de favoriser la mise en place dune industrie plus écologique et de promouvoir les normes européennes pour faciliter le déploiement rapide des technologies clés. Il souligne quun cadre de concurrence renouvelé devrait établir un cadre réglementaire prévisible et simplifié, permettant daccroître la confiance, la rapidité et la flexibilité et de réduire la charge administrative pour les entreprises qui investissent en Europe et y exercent une concurrence loyale. Il invite la Commission à améliorer la transparence du processus dévaluation des aides dÉtat à tenir compte des critères de durabilité et de souveraineté européenne pour les règles en matière de marchés publics.
Le rapport souligne quun nouveau Fonds européen de souveraineté pourrait soutenir la stratégie industrielle de lUnion. Lutilisation des fonds dinvestissement européens ainsi que les modifications des règles relatives aux aides dÉtat offrent la possibilité déviter la fragmentation du marché intérieur.
Les députés réaffirment que la Commission doit utiliser tous les outils disponibles en vertu du droit de la concurrence pour lutter de manière impartiale contre les distorsions du marché et les pratiques tarifaires déloyales sur les marchés de lénergie et des denrées alimentaires. Ils demandent à la Commission doffrir une série dinstruments efficaces, y compris en vue de la mise en place dun mécanisme permanent denquête sur le marché, qui devrait être déclenché automatiquement dès que certaines conditions, telles quune hausse spécifique des prix, sont remplies.
Contrôle des fusions
Les députés estiment que les seuils de concentration fondés sur le chiffre daffaires ne sont pas adaptés à léconomie numérique, dans laquelle la valeur est souvent représentée par dautres facteurs, et considèrent également que la Commission ne devrait pas se concentrer uniquement sur les prix dans ses évaluations des concentrations. Le rapport soutient lintroduction dune présomption réfragable selon laquelle une concurrence effective est entravée de manière significative par toute concentration conduisant à une position dominante dune entreprise sur un marché pertinent ou à toute concentration impliquant un acteur dominant du marché ou un contrôleur daccès, tel que défini dans le règlement sur les marchés numériques.
Les députés prient instamment la Commission de prendre des mesures décisives, conformément à larticle 22 du règlement CE sur les concentrations, contre les «acquisitions prédatrices» qui doivent être signalées à la Commission en vertu du règlement sur les marchés numériques, ainsi quau sujet de concentrations dans dautres secteurs stratégiques.
Politique de concurrence à lère numérique
Les députés se félicitent de la création de nouvelles directions de la Commission chargées de lapplication du règlement sur les marchés numériques et invitent la Commission à consacrer un budget plus important pour appliquer correctement ledit règlement et assurer son respect.
La Commission est invitée à :
- assurer une application rapide et effective des mesures contre les pratiques anticoncurrentielles des boutiques dapplication qui jouent le rôle de contrôleur daccès, dans le cadre des affaires en cours en matière dentente et de lapplication du règlement sur les marchés numériques;
- sappuyer sur les initiatives existantes pour renforcer la collaboration entre les autorités de contrôle des concentrations et les autorités de réglementation de la protection des données afin de contrôler lutilisation abusive des données par les entreprises et dempêcher ces dernières dutiliser les données des consommateurs pour obtenir un avantage concurrentiel déloyal.
En ce qui concerne les aides dÉtat, les députés demandent en outre que les entreprises qui se livrent à lévasion fiscale en se tournant vers des paradis fiscaux dans des pays tiers soient exclues des procédures de passation de marchés publics et ne puissent plus bénéficier daides dÉtat.
Participation du Parlement
Le rapport souligne que le Parlement devrait être associé comme il se doit à lélaboration de la politique de concurrence. Il invite la Commission à entamer des négociations en vue dun accord interinstitutionnel sur la politique de concurrence. Il demande au Conseil européen dadopter une décision en vertu de larticle 48, paragraphe 7, deuxième alinéa, du traité UE autorisant ladoption dactes législatifs dans le domaine de la politique de concurrence conformément à la procédure législative ordinaire.