La protection des journalistes dans le monde et la politique de l'Union européenne dans ce domaine
La commission des affaires étrangères a adopté un rapport dinitiative dIsabel WISELER-LIMA (PPE, LU) sur la protection des journalistes dans le monde et la politique de lUnion européenne dans ce domaine.
Depuis plusieurs années, on assiste à un recul de la liberté de la presse et à une multiplication des attaques physiques ainsi que des actes de harcèlement, notamment en ligne, et dintimidation visant à faire taire et à diffamer les journalistes, en particulier les correspondants de guerre, les journalistes dinvestigation qui semploient à dénoncer la corruption, les pratiques abusives des entreprises ou les actes répréhensibles dacteurs politiques, et les journalistes qui rendent compte de la situation dans certains États totalitaires ou régimes dictatoriaux.
Selon les chiffres publiés par Reporters sans frontières (RSF), 1.668 journalistes ont été assassinés dans le monde dans lexercice de leur profession entre 2003 et 2022. Selon le Comité pour la protection des journalistes, 67 journalistes auraient été tués dans le monde au cours de lannée 2022.
Protéger les journalistes contre la violence et les intimidations
Rappelant que la démocratie ne peut fonctionner en labsence dinformations fiables et accessibles en ligne et hors ligne, les députés ont insisté sur la nécessité de protéger les journalistes contre tout type de violence et ont souligné limportance de protéger lindépendance des journalistes, de sauvegarder la liberté dexpression, de veiller à la diversité des médias et de préserver le droit fondamental de tout citoyen dêtre informé.
Les députés ont condamné lensemble des infractions, dont les agressions physiques, enlèvements, tortures, intimidations et discours de haine, commises à lencontre des journalistes et des professionnels des médias dans le monde entier, y compris au sein de lUnion. Ils ont également condamné toutes les détentions arbitraires de journalistes ainsi que toutes les détentions provisoires qui sont fondées sur des motifs politiques ou des lois abusives.
Exprimant leur inquiétude quant à labsence de cadres politiques ou juridiques spécialement prévus pour protéger les journalistes contre la violence et les menaces à léchelon mondial, les députés ont invité les pays du monde entier à adopter des dispositions législatives et des mesures dans lobjectif de mettre en place un environnement juridique permettant de prévenir et de poursuivre les actes de répression subis par les journalistes.
Le rapport a invité les autorités à concevoir des plans daction nationaux, en collaboration étroite avec les organisations de journalistes, afin daméliorer les conditions de travail des journalistes. Les journalistes qui se rendent dans des zones de conflit devraient être munis dune assurance adéquate. Les médias devraient dispenser aux journalistes les formations nécessaires, notamment en matière de sécurité et de premiers secours.
Les députés ont demandé que des outils de suivi efficaces soient élaborés en collaboration avec les organisations de journalistes, et que le Service européen pour laction extérieure (SEAE) continue de présenter régulièrement au Parlement un rapport sur la situation globale en matière de liberté des médias et de violations des droits des journalistes dans le monde.
Indépendance des médias, poursuites-bâillons
Le rapport a condamné avec la plus grande fermeté toutes les manuvres entreprises pour bâillonner les médias indépendants et pour en entraver la liberté et le pluralisme, ainsi que pour restreindre laccès du public à des informations fiables au moyen de coupures de linternet, de la surveillance, du blocage ou du filtrage des contenus en ligne. Les députés ont condamné en particulier les tentatives faites pour contrôler les médias du service public et ont déploré ladoption par certains pays tiers de lois sur les «agents étrangers». Ils ont recommandé que les gouvernements permettent au dialogue social et politique et à la critique de sexercer librement. Ils ont également dénoncé lutilisation croissante de matériel de surveillance et de logiciels espions pour contrôler, intercepter et censurer les travaux des journalistes.
Le rapport a condamné le recours aux poursuites-bâillons et demandé que la proposition de directive présentée par la Commission pour lutter contre les poursuites-bâillons dirigées contre les journalistes dans lUnion couvre la dimension extérieure des poursuites-bâillons, afin de protéger les journalistes établis dans lUnion contre les poursuites abusives engagées par les autorités de pays qui nen sont pas membres.
Les députés ont également formulé les recommandations suivantes :
- lUnion pourrait renforcer son action dans le domaine de la protection des journalistes à létranger par lintermédiaire des activités de ses délégations;
- lUnion devrait encourager le recours à léducation aux médias pour faire mieux comprendre aux citoyens et aux sociétés le rôle sociétal joué par le journalisme et favoriser les programmes déchanges pour les journalistes. Les députés ont réitéré leur appel en faveur de lintégration de léducation aux médias dans les cadres formels et informels, y compris dans les programmes scolaires;
- des mesures devraient être mises en uvre en vue de protéger les journalistes contre la violence en ligne et la violence fondée sur le genre qui sexpriment sur les médias sociaux et dautres plateformes numériques. Les députés ont insisté sur le fait que les femmes journalistes, tout particulièrement, sont en outre exposées au harcèlement et aux violences sexuelles;
- le représentant spécial de lUnion pour les droits de lhomme devrait faire de la sécurité des journalistes, des professionnels des médias et du personnel associé lune de ses principales priorités dans ses relations avec les autorités de pays tiers;
- le SEAE devrait : i) mettre en place un plan de réaction durgence que devront appliquer les délégations de lUnion, autour dune panoplie de mesures de protection; ii) mettre au point une approche structurée pour soutenir les journalistes en butte à des menaces numériques; iii) encourager les échanges de vues entre les forces de lordre et les journalistes afin de permettre à ces derniers de couvrir librement les mouvements de protestation ou les manifestations dans les pays accueillant une délégation de lUnion.
Le Conseil est invité à infliger des sanctions ciblées au titre du régime mondial de sanctions de lUnion européenne en matière de droits de lhomme («loi Magnitsky de lUnion») aux personnes et aux entités ayant commis des violations des droits de lhomme à lencontre des journalistes et des professionnels des médias.
Enfin, la Commission et les États membres sont invités à i) promouvoir dans tous leurs accords et partenariats avec des pays tiers des mesures durables visant à protéger, à financer et à soutenir le pluralisme des médias et le journalisme indépendant; ii) veiller à ce que les programmes de financement de lUnion soient connus des organisations de la société civile locales uvrant pour la sécurité des journalistes et leur liberté dexpression et leur soient accessibles.