La protection des journalistes dans le monde et la politique de l'Union européenne dans ce domaine
Le Parlement européen a adopté par 583 voix pour, 7 contre et 48 abstentions, une résolution sur la protection des journalistes dans le monde et la politique de lUnion européenne dans ce domaine.
Depuis plusieurs années, on assiste à un recul de la liberté de la presse et à une multiplication des attaques physiques ainsi que des actes de harcèlement, notamment en ligne, et dintimidation visant à faire taire et à diffamer les journalistes, en particulier les correspondants de guerre, les journalistes dinvestigation qui semploient à dénoncer la corruption, les pratiques abusives des entreprises ou les actes répréhensibles dacteurs politiques, et les journalistes qui rendent compte de la situation dans certains États totalitaires ou régimes dictatoriaux.
Selon les chiffres publiés par Reporters sans frontières (RSF), 1.668 journalistes ont été assassinés dans le monde dans lexercice de leur profession entre 2003 et 2022. Selon le Comité pour la protection des journalistes, 67 journalistes auraient été tués dans le monde au cours de lannée 2022.
Protéger les journalistes contre la violence et les intimidations
Rappelant le rôle essentiel que peuvent jouer les journalistes pour ce qui est de promouvoir et de sauvegarder les valeurs démocratiques, les droits de lhomme et les libertés fondamentales, le Parlement a insisté sur la nécessité de protéger les journalistes contre tout type de violence. Il a souligné limportance de protéger lindépendance des journalistes, de sauvegarder la liberté dexpression, de veiller à la diversité des médias et de préserver le droit fondamental de tout citoyen dêtre informé.
Les députés ont condamné lensemble des infractions, dont les agressions physiques, enlèvements, tortures, intimidations et discours de haine, commises à lencontre des journalistes et des professionnels des médias dans le monde entier, y compris au sein de lUnion. Ils ont également condamné toutes les détentions arbitraires de journalistes ainsi que toutes les détentions provisoires qui sont fondées sur des motifs politiques ou des lois abusives.
Le Parlement a rappelé la fonction essentielle que remplissent les journalistes, notamment les journalistes politiques et les journalistes dinvestigation. Il a réaffirmé sa préoccupation quant à létat de la liberté des médias dans le monde devant les exactions et attaques subies par les journalistes et les professionnels des médias dans de nombreux pays.
Exprimant leur inquiétude quant à labsence de cadres politiques ou juridiques spécialement prévus pour protéger les journalistes contre la violence et les menaces à léchelon mondial, les députés ont invité les pays du monde entier à adopter des dispositions législatives et des mesures en vue de mettre en place un environnement juridique permettant de prévenir et de poursuivre les actes de répression subis par les journalistes. et de veiller à ce que des enquêtes et un suivi appropriés soient effectués, notamment avec lapplication de sanctions efficaces, proportionnées et dissuasives. Ils ont invité les autorités à faire tout leur possible pour veiller à ce que les responsables rendent des comptes et pour faire cesser limpunité.
Le Parlement a déploré que les journalistes et les professionnels des médias travaillent généralement dans des conditions demploi et de sécurité précaires. Il a invité les autorités à concevoir des plans daction nationaux, en collaboration étroite avec les organisations de journalistes, afin daméliorer les conditions de travail des journalistes. Les journalistes qui se rendent dans des zones de conflit devraient être munis dune assurance adéquate.
Rappelant lobligation de protéger la liberté dexpression, y compris pour les satiristes et les dessinateurs de presse, les députés ont déploré les tentatives de plus en plus nombreuses des autorités religieuses et étatiques qui visent à restreindre la liberté dexpression et de critique en invoquant des lois religieuses ou des lois sur le blasphème. Ils ont également exprimé leur soutien au travail effectué par les lanceurs dalerte et leurs éditeurs, qui dénoncent les abus dans le monde entier.
Indépendance des médias, poursuites-bâillons
Le Parlement a condamné avec la plus grande fermeté toutes les manuvres entreprises pour bâillonner les médias indépendants et pour en entraver la liberté et le pluralisme, ainsi que pour restreindre laccès du public à des informations fiables au moyen de coupures de linternet, de la surveillance, du blocage ou du filtrage des contenus en ligne. Les députés ont condamné en particulier les tentatives faites pour contrôler les médias du service public et ont déploré ladoption par certains pays tiers de lois sur les «agents étrangers». Ils ont recommandé que les gouvernements permettent au dialogue social et politique et à la critique de sexercer librement. Ils ont également dénoncé lutilisation croissante de matériel de surveillance et de logiciels espions pour contrôler, intercepter et censurer les travaux des journalistes.
Le Parlement a condamné le recours aux poursuites-bâillons et demandé que la proposition de directive présentée par la Commission pour lutter contre les poursuites-bâillons dirigées contre les journalistes dans lUnion couvre la dimension extérieure des poursuites-bâillons, afin de protéger les journalistes établis dans lUnion contre les poursuites abusives engagées par les autorités de pays qui nen sont pas membres. Il a demandé que lUnion apporte une assistance, juridique et autre, aux journalistes visés par des poursuites-bâillons et quelle renforce son action dans le domaine de la protection des journalistes à létranger par lintermédiaire des activités de ses délégations.
Les députés ont également formulé les recommandations suivantes :
- lUnion devrait encourager le recours à léducation aux médias pour faire mieux comprendre aux citoyens et aux sociétés le rôle sociétal joué par le journalisme et favoriser les programmes déchanges pour les journalistes. Les députés ont réitéré leur appel en faveur de lintégration de léducation aux médias dans les cadres formels et informels, y compris dans les programmes scolaires;
- des mesures devraient être mises en uvre en vue de protéger les journalistes contre la violence en ligne et la violence fondée sur le genre qui sexpriment sur les médias sociaux et dautres plateformes numériques. Les députés ont insisté sur le fait que les femmes journalistes sont beaucoup plus susceptibles dêtre victimes de harcèlement en ligne que leurs collègues masculins;
- les délégations de lUnion devraient faire plus de déclarations publiques, que ce soit à titre préventif ou en réaction à de graves violations ou restrictions du droit à la liberté dopinion et dexpression qui surviennent dans le monde, notamment en ce qui concerne les attaques visant les journalistes ou leur mise en détention dans des pays extérieurs à lUnion;
- le représentant spécial de lUnion pour les droits de lhomme devrait faire de la sécurité des journalistes, des professionnels des médias et du personnel associé lune de ses principales priorités dans ses relations avec les autorités de pays tiers;
- le SEAE devrait : i) mettre en place un plan de réaction durgence que devront appliquer les délégations de lUnion, autour dune panoplie de mesures de protection; ii) mettre au point une approche structurée pour soutenir les journalistes en butte à des menaces numériques;
- les délégations de lUnion, les missions diplomatiques des États membres de lUnion et les partenaires attachés aux mêmes valeurs devraient prendre des initiatives pour communiquer avec les journalistes et les médias indépendants dans les pays extérieurs à lUnion et les accompagner afin de faciliter lexercice de leur métier et leurs conditions de travail.
Le Conseil est invité à infliger des sanctions ciblées au titre du régime mondial de sanctions de lUnion européenne en matière de droits de lhomme («loi Magnitsky de lUnion») aux personnes et aux entités ayant commis des violations des droits de lhomme à lencontre des journalistes et des professionnels des médias.
Enfin, la Commission et les États membres sont invités à i) promouvoir dans tous leurs accords et partenariats avec des pays tiers des mesures durables visant à protéger, à financer et à soutenir le pluralisme des médias et le journalisme indépendant; ii) veiller à ce que les programmes de financement de lUnion soient connus des organisations de la société civile locales uvrant pour la sécurité des journalistes et leur liberté dexpression et leur soient accessibles.