Rapport 2022 de la Commission concernant la Turquie
La commission des affaires étrangères a adopté un rapport dinitiative de Nacho SÁNCHEZ AMOR (S&D, ES) sur le rapport 2022 de la Commission sur la Turquie.
Évaluation générale et évolutions récentes
Les députés prennent acte des résultats des récentes élections présidentielles et législatives en Turquie et les considèrent comme un signe annonciateur de continuité politique dans le pays. Ils regrettent toutefois que, comme la montré la mission dobservation électorale de lOSCE/BIDDH, labsence de conditions équitables ait donné un avantage injustifié au candidat sortant. Ils regrettent en outre que le durcissement de la rhétorique, les propos incendiaires et discriminatoires, y compris à lencontre des minorités, ainsi que la poursuite de lintimidation et du harcèlement des partisans de certains partis dopposition aient compromis le processus.
Exprimant ses sincères condoléances aux familles des victimes des tremblements de terre dévastateurs du 6 février 2023, le rapport indique que lUnion devrait continuer à soutenir la population turque en ce qui concerne ses besoins humanitaires et ses efforts de reconstruction.
Le rapport se félicite du vote favorable de la Turquie sur la condamnation de la guerre dagression menée par la Russie contre lUkraine lors de lAssemblée générale des Nations unies et de son engagement en faveur de la souveraineté et de lintégrité territoriale du pays, regrettant que la Turquie ne soutienne pas les sanctions en dehors du cadre des Nations unies. Il salue également les efforts de la Turquie pour faciliter les pourparlers entre lUkraine et la Russie et réitère son appréciation du rôle clé joué par la Turquie, en collaboration avec les Nations unies, pour négocier et sauvegarder l«initiative céréalière de la mer Noire».
Les députés demandent instamment à la Turquie de ratifier sans plus tarder ladhésion de la Suède à lOTAN et invitent les autorités turques à concrétiser leur promesse dun partenariat plus constructif au sein de lOTAN, y compris en Méditerranée orientale. Ils soulignent que le processus dadhésion dun pays à lOTAN ne peut en aucun cas être lié au processus dadhésion à lUnion européenne dun autre pays, étant donné que le processus dadhésion à lUnion de lautre pays reste fondé sur les mérites propres de ce pays.
Le rapport salue les efforts déployés par la Turquie pour continuer à accueillir la plus grande population de réfugiés au monde, soit près de 4 millions de personnes, et se félicite, à cet égard, que lUnion continue de financer les réfugiés et les communautés daccueil en Turquie et sengage fermement à poursuivre dans cette voie à lavenir. La Commission est invitée à présenter une proposition visant à poursuivre le financement des réfugiés syriens et des communautés daccueil en Turquie après 2024.
Les députés sont consternés par le fait que la tendance négative est loin dêtre arrêtée ou inversée et que le recul démocratique en Turquie sest poursuivi au cours de lannée écoulée, plusieurs lois ayant été modifiées qui durcissent la censure en ligne et restreignent laccès à linformation sous couvert de prévenir la désinformation. Ils notent également la répression sans relâche de toute voix critique, en particulier avant et pendant les récentes élections.
Le rapport condamne le manque dindépendance du pouvoir judiciaire et linstrumentalisation politique du système judiciaire et invite la Turquie à appliquer pleinement toutes les décisions de la Cour européenne des droits de lhomme. Il condamne également la persistance des poursuites, de la censure et du harcèlement des journalistes et des médias indépendants en Turquie. Aucun progrès significatif na été enregistré en ce qui concerne la protection des droits des minorités ethniques et religieuses.
Les députés expriment leur profonde inquiétude face à la détérioration des droits des femmes, à la violence fondée sur le genre et à laugmentation du nombre de féminicides ainsi quà la généralisation des discours de haine et de la discrimination à lencontre de la communauté LGBTI+.
Vivement préoccupés par la question «kurde», les députés réaffirment quil est urgent de relancer un processus politique crédible associant toutes les parties concernées et les forces démocratiques afin de parvenir à un règlement pacifique de cette question.
Perspectives pour les relations Union européenne-Turquie
Les députés réitèrent leur ferme conviction que la Turquie est un pays dimportance stratégique sur le plan politique, économique et de la politique étrangère, un partenaire essentiel pour la stabilité de la région dans son ensemble, et un allié vital, notamment au sein de lOTAN. Ils réaffirment que lUnion est déterminée à poursuivre les meilleures relations possibles avec la Turquie fondées sur le dialogue, le respect et la confiance mutuelle, conformément au droit international et aux relations de bon voisinage.
Les députés estiment toutefois quen labsence dun changement de cap radical de la part du gouvernement turc, le processus dadhésion de la Turquie à lUnion européenne ne peut pas reprendre dans les circonstances actuelles. Le rapport demande instamment au gouvernement turc ainsi quaux institutions et aux États membres de lUnion de sortir de limpasse actuelle et de progresser vers un partenariat plus étroit, plus dynamique et plus stratégique. Il recommande daborder cette question avec le plus haut niveau de responsabilité et dentamer un processus de réflexion en vue de concevoir un cadre parallèle et réaliste dédié aux relations entre lUnion européenne et la Turquie qui englobe les intérêts de toutes les parties concernées.
Le rapport insiste sur le fait que la démocratie, létat de droit et les droits fondamentaux, ainsi que le respect mutuel de la souveraineté, de lintégrité territoriale et des droits des minorités devraient demeurer au cur des relations de bon voisinage entre lUnion et la Turquie.
Saluant les aspirations démocratiques et pro-européennes de la majorité de la société turque, les députés sengagent à maintenir et à renforcer le soutien à la société civile indépendante turque, notamment en contrôlant régulièrement la situation des droits à la liberté de réunion et dassociation en Turquie ainsi que la protection des défenseurs des droits de lhomme et le rétrécissement de lespace dévolu à la société civile.
Les députés réaffirment leur soutien à une union douanière modernisée qui pourrait englober un vaste éventail de domaines dintérêt commun, notamment la numérisation et lalignement sur le pacte vert pour lEurope. Une telle modernisation devrait reposer sur des conditions strictes en ce qui concerne les droits de lhomme et les libertés fondamentales, le respect du droit international et des bonnes relations de voisinage.