Comment élaborer une stratégie d'aide humanitaire innovante: coup de projecteur sur les crises actuelles et oubliées
Le Parlement européen a adopté par 432 voix pour, 33 contre et 98 abstentions, une résolution sur la manière de construire une stratégie d'aide humanitaire innovante : coup de projecteur sur les crises actuelles et oubliées.
L'écart entre les besoins humanitaires mondiaux et les ressources allouées pour y répondre ne cesse de se creuser. En 2022, le déficit de financement sélevait à 23 milliards de dollars et 55% seulement des besoins mondiaux étaient couverts. L'UE, ses États membres et les États-Unis représentent la grande majorité du financement mondial de l'aide humanitaire. Le budget humanitaire de l'UE pour 2023 a été fixé à 1,7 milliard d'euros, ce qui est loin d'être suffisant pour continuer à respecter les engagements de l'UE en tant que l'un des principaux donateurs au monde.
La Commission alloue au moins 15% de son budget humanitaire annuel initial aux crises oubliées, cest-à-dire les crises qui bénéficient dune attention et dune couverture médiatique limitées et qui sont souvent éclipsées par dautres urgences ou conflits en cours.
Des solutions structurelles innovantes sont nécessaires pour relever les défis humanitaires mondiaux et pour faire en sorte que le système humanitaire soit plus souple, mieux préparé et plus réactif face aux crises humanitaires. Ces solutions devraient se concentrer sur les points suivants :
Financement
Le Parlement a demandé d'urgence à la Commission et aux États membres d'augmenter substantiellement leurs budgets d'aide humanitaire - sans compromettre leurs budgets de développement - afin de répondre aux besoins humanitaires, qui atteignent un niveau record. Il a réitéré son appel aux États membres pour qu'ils allouent une part fixe de 0,7% de leur revenu national brut à l'aide publique au développement (APD). Il a appelé les États membres à fixer des objectifs ambitieux et à créer des feuilles de route pour augmenter progressivement l'APD afin d'atteindre l'objectif final de 10%.
La résolution a appelé à la révision du cadre financier pluriannuel (CFP) afin d'y inclure une augmentation substantielle du budget de l'aide humanitaire pour répondre au nouveau paysage et aux nouveaux besoins humanitaires, y compris les besoins spécifiques des femmes et des filles.
Les députés sont préoccupés par le fait que les fonds réservés aux crises extérieures dans le cadre de la réserve de solidarité et d'aide d'urgence ont déjà été épuisés au premier trimestre 2023. À cet égard, ils ont suggéré de diviser la réserve de solidarité et d'aide d'urgence en deux parties distinctes, reflétant les dimensions internes et externes, et de doter chaque partie d'un financement adéquat. Tout renforcement de la réserve de solidarité et daide durgence devrait être venir en complément de laugmentation nécessaire de la ligne budgétaire de laide humanitaire et non sy substituer. Le Parlement et le Conseil sont invités à augmenter substantiellement l'instrument d'aide humanitaire dans le cadre du budget annuel 2024.
La résolution a souligné le rôle important de la société civile, des organisations humanitaires et des partenaires locaux dans l'identification des besoins et la fourniture de l'aide humanitaire directement à ceux qui en ont besoin.
Le triple lien
Le Parlement note que lapproche associant aide humanitaire, développement et paix (triple lien) est essentielle pour traiter les causes sous-jacentes et les besoins spécifiques au contexte dans les crises complexes et prolongées et pour renforcer la résilience aux crises futures. Il souligne que la pauvreté, les conflits, l'instabilité et les déplacements forcés sont des phénomènes étroitement liés qui doivent être traités de manière cohérente et globale. Les députés ont insisté sur l'importance dun financement, dune transparence, dune visibilité, dune coordination et dun partage des connaissances plus spécifiques entre les parties prenantes lors de lapplication de lapproche du triple lien, notamment par une meilleure implication des acteurs locaux.
Justice climatique
Les députés souhaitent que le financement de la lutte contre le changement climatique soit renforcé afin de prévenir et datténuer les effets alarmants du changement climatique sur les crises humanitaires et dy faire face. Ils ont demandé aux donateurs et aux États membres dadopter et de mettre en place la déclaration des donateurs daide humanitaire sur le climat et lenvironnement en augmentant leur financement pour la prévention et la préparation des catastrophes, les mesures danticipation et les réactions.
Approche axée sur les personnes
Tout en soulignant l'importance de renforcer la résilience humaine en améliorant la protection, les députés ont appelé à des efforts pour améliorer la production agricole et alimentaire locale et durable en promouvant les méthodes agro-écologiques et la pêche durable afin d'accroître la disponibilité alimentaire et d'éviter la dépendance à l'égard des approvisionnements extérieurs en période de crise humanitaire. Ils ont souligné le rôle et l'importance des organisations locales formelles et informelles de la société civile dans la réponse humanitaire.
Un environnement favorable
Le Parlement a insisté sur la nécessité de renforcer le caractère central et le respect du droit humanitaire international, du droit international des droits de lhomme et des principes humanitaires dans laction extérieure de lUnion. La Commission est invitée à :
- élaborer une stratégie de diplomatie humanitaire en collaboration avec les États membres, afin de garantir une approche plus systématique et coordonnée de la diplomatie humanitaire;
- créer un Centre européen de recherche et d'innovation humanitaires, réunissant des experts du monde universitaire et des praticiens afin de favoriser l'innovation dans le secteur humanitaire, notamment en ce qui concerne l'accès à de nouvelles sources de financement.
Rôle des médias
La résolution a souligné le rôle essentiel des médias dans la sensibilisation aux crises et dans la mobilisation du public en faveur de la réponse aux crises. Les organisations médiatiques ne devraient pas abandonner la couverture des conflits, même s'ils sont considérés comme «prolongés» ou «oubliés», car la poursuite des reportages est essentielle pour tenir la communauté internationale informée, maintenir la pression sur les parties prenantes concernées et soutenir les efforts en faveur de la résolution des conflits et de la consolidation de la paix.