Le rôle de la diplomatie préventive dans la gestion des conflits gelés de par le monde - occasion manquée ou changement pour l’avenir?

2023/2050(INI)

La commission des affaires étrangères a adopté un rapport d'initiative de Željana ZOVKO (PPE, HR) sur une recommandation du Parlement européen à l'intention du Conseil, de la Commission et de la vice-présidente de la Commission/haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité sur le rôle de la diplomatie préventive dans la résolution des conflits gelés dans le monde - occasion manquée ou changement pour l'avenir ?

Les Nations unies définissent la «diplomatie préventive» comme «l'action diplomatique entreprise pour empêcher les différends de dégénérer en conflits et pour limiter la propagation des conflits lorsqu'ils se produisent». La diplomatie préventive de l'UE englobe le soutien politique et financier au système multilatéral, le commerce, le développement, l'aide humanitaire et les droits de l'homme. Elle s'attache à identifier les possibilités de s'attaquer aux causes des conflits et à créer des espaces de dialogue, souvent en partenariat avec des organisations internationales et régionales ainsi qu'avec les parties concernées.

Recommandations

Les recommandations adressées au Conseil, à la Commission et au VP/HR portent sur six domaines principaux dans lesquels l'arsenal de la diplomatie préventive de l'UE devrait être amélioré :

1. Comprendre le contexte local et culturel

L'UE devrait développer des outils de diplomatie préventive et une assistance au renforcement de l'État adaptés au contexte culturel, historique et politique du pays. Elle devrait sélectionner avec soin ses envoyés et ses représentants dans les régions en conflit ou sortant d'un conflit, afin d’éviter de susciter des controverses liées à la nomination de personnes originaires d’États membres ayant des antécédents historiques dans ces pays ou régions.

Le Conseil européen et le SEAE sont invités à améliorer encore la visibilité de l'UE dans d'autres pays non membres de l'UE et dans les pays partenaires, à renforcer la dimension et les activités de la diplomatie culturelle et des relations culturelles internationales de l'UE en tant qu'instrument pertinent pour la paix, la consolidation de la paix et la prévention des conflits, ainsi que pour relever les défis mondiaux, et à démontrer la valeur ajoutée de l'UE et à faire progresser la coopération et les relations avec ces pays et les partenaires internationaux.

2. Système d'alerte précoce de l'UE en cas de conflit

Pour que le système d'alerte précoce de l'UE soit suffisamment proactif, il devrait être doté des ressources nécessaires et reposer sur une analyse prospective, complète et solide des facteurs de risque qui sont souvent en corrélation avec l'éclatement de la violence, ainsi que sur des outils de gestion qui identifient, évaluent et aident à hiérarchiser les situations présentant un risque de conflit violent.

3. Le rôle des représentants spéciaux et des envoyés de l'UE dans la diplomatie préventive, leur responsabilité et vue d’ensemble de leurs résultats

Les députés ont recommandé que les initiatives prises par les représentants spéciaux et les envoyés de l'UE fassent l'objet d'une évaluation approfondie, y compris d'un contrôle au Parlement. La nomination des représentants spéciaux, des envoyés spéciaux et des ambassadeurs de l'UE ne devrait être confirmée qu'après un examen approfondi par le Parlement.

La nomination des représentants spéciaux, des envoyés spéciaux et des ambassadeurs de l'UE ne devrait être confirmée qu'après une évaluation positive de la commission des affaires étrangères du Parlement.

4. Enseignements tirés de la résolution des conflits par la médiation de l'UE et des conflits gelés

Au vu des enseignements tirés de la résolution de conflits par la médiation de l’UE et de conflits gelés, notamment en Afrique, dans les Balkans occidentaux, au Haut-Karabakh, à Chypre, en Irlande du Nord, en Afghanistan et en Ukraine, le rapport recommande que les futures actions de diplomatie préventive de l’UE tiennent compte des occasions manquées et empêchent que des situations similaires ne se reproduisent à l’avenir. En particulier, l’UE devrait évaluer et analyser soigneusement et en permanence les facteurs de risque et adapter ses interventions dans les régions en conflit afin d’éviter de générer un vide politique que pourraient combler des acteurs n’agissant pas dans l’intérêt du pays ou de la région en question, ou de propager de fausses informations.

5. Renforcer les partenariats et la coordination internationale

Les partenariats et la coordination internationale sont essentiels au succès de la diplomatie préventive et l'UE devrait continuer à renforcer ses partenariats avec les acteurs internationaux, régionaux et sous-régionaux, tels que les Nations unies, l'OSCE, l'Union africaine et l'ANASE, notamment en ce qui concerne l'alerte précoce, la prévention des conflits et la médiation. Une approche intégrée, combinant l'aide humanitaire, le développement, la consolidation de la paix, l'assistance à la sécurité et l'engagement diplomatique, en coordination avec les partenaires, serait plus complète et donnerait des résultats plus favorables en matière de diplomatie préventive.

Il convient de redoubler d'efforts dans la lutte contre la désinformation, la mésinformation et les opérations d'ingérence étrangère.

6. De l'autonomie stratégique à la diplomatie préventive

L'UE devrait renforcer son autonomie stratégique afin d'être perçue comme un acteur fort de la diplomatie préventive. Cet objectif peut être atteint si l'UE parle d'une seule voix et si l'action sur le terrain est alignée entre l'UE et ses États membres, en s'écartant des intérêts individuels. En s'appuyant sur l'expérience passée des mécanismes communs de l'UE, tels que le mécanisme de protection civile de l'UE ou les missions de maintien de la paix de l'UE, l'UE peut adopter une approche similaire lors de l'élaboration d'une approche intégrée et paneuropéenne des missions de diplomatie préventive. Il reste également important de mieux communiquer sur les réalisations et les succès de l'UE. Bien qu'elle soit le plus grand donateur d'aide au développement au monde, le résultat de son investissement considérable sur la scène de la diplomatie publique reste négligeable et se trouve même souvent éclipsé par les versions mensongères des faits avancées par d’autres grandes puissances présentes dans les pays en voie de développement.