Mise en œuvre des dispositions du traité relatives aux procédures législatives spéciales
Le Parlement européen a adopté par 389 voix pour, 186 contre et 53 abstentions, une résolution sur la mise en uvre des dispositions du traité relatives aux procédures législatives spéciales.
Le Parlement a rappelé que le droit primaire de lUnion prévoit deux procédures principales pour ladoption dactes législatifs: la procédure législative ordinaire et la procédure législative spéciale. Ces procédures respectives associent le Parlement et le Conseil à des degrés divers.
Les députés ont regretté que, dans la plupart des procédures législatives spéciales, le Parlement ne dispose pas de droits de participation et de prise de décision complets. Ils ont demandé que le rôle du Parlement dans les procédures législatives spéciales soit renforcé afin de lui permettre de participer pleinement et sur un pied dégalité aux négociations avec le Conseil.
Actes adoptés par le Conseil ou par le Conseil européen à linitiative du Parlement et après approbation de celui-ci
Le Parlement souligne que le traité de Lisbonne lui confère déjà quelques droits dinitiative directs qui englobent différentes procédures législatives spéciales concernant sa compétence de sorganiser, sa fonction de contrôle et sa légitimité démocratique, y compris les processus électoraux. Il a regretté que ces procédures législatives spéciales aient été trop rarement menées à bien en raison de labsence daccord de la Commission et de la nécessité dun vote à lunanimité au sein du Conseil.
Les députés ont déploré limpasse dans laquelle se trouvent les négociations avec le Conseil et la Commission sur la proposition de nouveau règlement présentée par le Parlement visant à modifier les dispositions régissant lexercice de son droit denquête et ont déploré le dialogue limité quont engagé le Conseil et la Commission avec le Parlement en vue dorganiser des discussions formelles. Les députés ont rappelé que la réticence persistante du Conseil à réagir à la proposition du Parlement constitue une violation de larticle 265 du traité FUE et donc un cas manifeste dinaction. Ils ont invité le Conseil et la Commission à respecter le principe de coopération loyale consacré par larticle 13, paragraphe 2, du traité UE et à dialoguer avec le Parlement afin de surmonter le blocage institutionnel actuel avant la fin de la législature actuelle.
Le 3 mai 2022, le Parlement a adopté sa position sur la proposition de réforme de la loi électorale européenne. Tout en reconnaissant que certains États membres ont émis des réserves sur certains éléments de cette proposition, les députés ont déploré le report injustifié de louverture des négociations sur le rapport du Parlement, qui méconnaît le principe de coopération loyale. Ils ont réaffirmé que labsence dunanimité sur un projet de rapport législatif ne constitue pas une justification valable pour ne pas sengager dans la recherche dun compromis. Les présidences espagnole et belge du Conseil sont invitées à ériger ce dossier en priorité et à sengager dans la recherche dun consensus en vue délaborer une position du Conseil.
La résolution a recommandé que la procédure législative découlant du droit dinitiative législative conféré au Parlement par les traités comprenne, conformément à laccord interinstitutionnel «Mieux légiférer», une demande détablissement dun calendrier législatif pour les initiatives concernées similaire à celui de la procédure législative ordinaire.
Procédure législative spéciale nécessitant lapprobation du Parlement
Les députés rappellent que, le 15 juin 2023, le Parlement a adopté un projet de proposition de décision du Conseil européen sur la composition du Parlement européen pour la législature 2024-2029, visant à adapter la répartition des sièges afin de garantir une représentation dégressivement proportionnelle des États membres. Ils ont regretté que, contrairement à la demande exprimée par le Parlement dans sa position du 15 juin 2023 sur la composition du Parlement européen, le Conseil européen ait considérablement modifié la proposition et ait omis dinformer le Parlement de son intention de supprimer des dispositions essentielles de la proposition quil a présentée.
Le Parlement a déploré le rôle croissant du Conseil européen dans les négociations sur le cadre financier pluriannuel (CFP), qui altère gravement le principe de léquilibre interinstitutionnel établi par les traités. Il a estimé que la procédure législative ordinaire devrait sappliquer aux négociations sur le CFP et que le Parlement devrait se voir conférer les pleins pouvoirs budgétaires.
Procédure législative spéciale nécessitant la consultation du Parlement
Les députés ont souligné que, bien que le Conseil ne soit pas tenu de tenir compte de lavis du Parlement, la consultation du Parlement dans le contexte de certaines procédures législatives spéciales envoie un signal politique fort et renforce la légitimité démocratique des décisions. Ils ont invité les trois institutions à étudier les pistes possibles pour veiller à ce que lavis du Parlement soit dûment pris en compte en tant quobligation institutionnelle et se reflète dans la législation.
Lun des cas dans lesquels le Conseil ne peut prendre une décision quaprès consultation du Parlement concerne lapplication des dispositions de lacquis de Schengen. Les députés ont demandé une nouvelle fois au Conseil dadopter immédiatement une décision positive sur ladhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à lespace Schengen de libre circulation.
Les députés ont également déploré que la Commission ait répondu de manière extrêmement négative à la position du Parlement sur une proposition de directive du Conseil fixant les modalités de lexercice du droit de vote et déligibilité aux élections au Parlement européen pour les citoyens de lUnion résidant dans un État membre dont ils nont pas la nationalité, proposition soumise à la consultation du Parlement. Ils attendent du Conseil quil examine ce dossier, quil traite son avis et quil mette tout en uvre pour coopérer avec le Parlement en vue daméliorer la situation des citoyens mobiles de lUnion.
Coopération entre les institutions
Le Parlement a rappelé que le devoir de coopération loyale entre les institutions impose à celles-ci de se tenir mutuellement informées et de se consulter afin que le consentement puisse être donné à la fin de la procédure. Il a insisté par conséquent sur le fait que le consentement ne se résume pas à une simple décision de validation ou de rejet, mais implique en réalité une adhésion au contenu de lacte législatif et devrait par conséquent être le résultat dun dialogue constant visant à trouver un accord mutuellement acceptable grâce à une coopération loyale.
Recommandations
Le Parlement a invité la Commission à présenter immédiatement une proposition de révision de laccord interinstitutionnel «Mieux légiférer» dans le but de définir les procédures législatives spéciales. Il a souligné que laccord interinstitutionnel révisé devrait mettre laccent sur les procédures pour lesquelles le Parlement jouit du droit dinitiative, les justifications juridiques des vetos au Conseil et les moyens de favoriser le plein respect des droits de participation respectifs et des principes déquilibre institutionnel et de coopération loyale dans le cadre des procédures législatives spéciales.
Le Parlement a insisté :
- sur la nécessité de définir des exigences précises concernant le calendrier dadoption ou de rejet dun acte par le Conseil;
- sur sa demande de divulguer les positions publiques des États membres au moment de ladoption dun acte par le Conseil;
- pour que les traités soient modifiés de toute urgence afin détendre lapplication de la procédure législative ordinaire à certains domaines daction dans lesquels des procédures législatives spéciales sont actuellement envisagées, par exemple aux questions liées à lespace Schengen ou au CFP;
- sur lactivation immédiate des clauses «passerelle» afin de remplacer des procédures législatives spéciales par des procédures législatives ordinaires dans des domaines politiques clés afin daméliorer la capacité daction de lUnion, en attendant lentrée en vigueur des modifications des traités.