Mise en œuvre de la politique étrangère et de sécurité commune – rapport annuel 2024
Le Parlement européen a adopté par 378 voix pour, 188 contre et 105 abstentions, sur la mise en uvre de la politique étrangère et de sécurité commune - rapport annuel 2024.
Nécessité dune action cohérente et ambitieuse de lUnion
Les députés rappellent que le monde connaît des bouleversements géopolitiques rapides et que des puissances autocratiques contestent activement lordre international fondé sur des règles et ses institutions multilatérales. La confrontation géopolitique entre démocraties et régimes autoritaires et dictatoriaux sintensifie, les conflits se multiplient et le recours à la force est de plus en plus considéré comme un outil standard pour poursuivre des objectifs politiques.
Le contexte géopolitique dans lequel lUnion européenne agit a accentué le besoin dune action plus ambitieuse, crédible, décisive et cohérente de lUnion et dune politique étrangère européenne à part entière sur la scène internationale. Il a souligné la nécessité pour les États membres de faire preuve de la volonté politique nécessaire pour reconstruire leurs capacités de défense, tout en renforçant les liens transatlantiques de lUnion et les partenariats avec des pays partageant les mêmes idées.
Le Parlement a encouragé toutes les parties à régler les différends par le dialogue, dans le respect mutuel du droit international, de la souveraineté et de lintégrité territoriale et réaffirmé son engagement à faire progresser la paix et la stabilité mondiales en favorisant des initiatives diplomatiques visant à prévenir et à résoudre les conflits ainsi quà stimuler la collaboration internationale sur les principaux enjeux mondiaux, tels que le changement climatique, les droits de lhomme et le développement économique durable.
Objectifs en matière de PESC en 2025
Quatre tendances stratégiques ont été identifiées, qui définissent l'orientation générale de la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE.
1) Faire face aux conséquences mondiales de la guerre d'agression russe contre l'Ukraine
Le Parlement a mis l'accent sur les conséquences mondiales de la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine. Il a souligné que le conflit, ainsi que le comportement révisionniste de la Russie, déstabilisent le voisinage oriental et les Balkans occidentaux, ce qui menace l'architecture de sécurité européenne.
Les députés estiment que lUnion et ses États membres sont désormais les seuls alliés stratégiques de lUkraine. Par conséquent, ils ont demandé à lUnion et à ses États membres daccroître et daccélérer significativement le soutien militaire et économique, laide humanitaire, ainsi que laide financière afin de placer lUkraine en position de force pour dissuader toute nouvelle agression russe après un éventuel accord de cessez-le-feu. La résolution a souligné la nécessité urgente de doter lUkraine de capacités accrues de défense aérienne et de défense sol-sol pour défendre ses infrastructures énergétiques critiques, et a invité les États membres à lever immédiatement les restrictions à lutilisation des systèmes darmes occidentaux, tels que les missiles à longue portée Taurus, livrés à lUkraine contre des cibles militaires légitimes situées sur le territoire russe.
Le Parlement a rappelé que toute initiative, en particulier les solutions diplomatiques, visant à mettre un terme à la guerre dagression russe et à instaurer une paix juste et durable doit se fonder sur les conditions formulées par lUkraine. Il sest dit vivement préoccupé par le changement apparent de position à légard de la guerre dagression russe de la part des États-Unis, soulignant que la tentative actuelle de ladministration américaine de négocier un cessez-le-feu et un accord de paix sans associer les États européens est contre-productive car elle donne lavantage à lÉtat russe belliqueux.
Modérément optimistes quant à la proposition daccord de cessez-le-feu de 30 jours, les députés attendent de la Russie quelle laccepte et le respecte en cessant toutes les attaques contre lUkraine. Ils attendent également des États membres quils maintiennent leurs sanctions à lencontre de la Russie aussi longtemps que nécessaire pour garantir une paix juste et durable.
Déplorant le partenariat «sans limites» entre la Russie et la Chine, le Parlement sest dit préoccupé par la surveillance et le sabotage des infrastructures maritimes critiques, telles que les câbles de communication sous-marins et les installations de production dénergie en mer, par la Russie et la Chine. Il a également demandé à lUnion dexercer un contrôle strict sur les flottes fantômes de la Russie.
2) Résoudre le conflit et soutenir la paix au Moyen-Orient
Le Parlement a affirmé le droit dIsraël de se défendre conformément au droit international, tout en rappelant son obligation de protéger les civils et que les opérations militaires doivent être proportionnées et conformes au droit international humanitaire. Il a exprimé son inquiétude face à laction militaire des forces de défense israéliennes dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et au Liban et réclamé un cessez-le-feu immédiat et permanent, ainsi que la libération sans condition de tous les otages.
Les députés ont réitéré leur soutien indéfectible à une solution négociée fondée sur la coexistence de deux États et ont demandé à la VP/HR de soutenir lAlliance mondiale pour la mise en uvre de la solution à deux États. Ils ont salué la perspective dun retour de lAutorité palestinienne à Gaza et affirmé quil ne peut y avoir de perspective de paix, de sécurité, de stabilité et de prospérité pour Gaza ni de réconciliation entre les populations israélienne et palestinienne, tant que le Hamas et dautres groupes terroristes joueront un rôle dans la bande de Gaza.
Le Parlement a rejeté la proposition de Trump pour Gaza, estimant que lampleur des destructions et des souffrances humaines à Gaza nécessite une action internationale globale dans le cadre de laquelle les États-Unis, avec lUnion européenne, les Nations unies, les États arabes et dautres partenaires internationaux compléteraient mutuellement leurs efforts pour que les négociations reprennent et soient constructives.
Les députés ont condamné fermement le rôle déstabilisateur que jouent le régime iranien et son réseau dacteurs non étatiques dans la région. Ils estiment que les hostilités doivent définitivement cesser dès que possible afin quune solution diplomatique puisse être trouvée le long de la ligne bleue. Ils ont exigé la mise en uvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, seule voie possible pour désamorcer les tensions et stabiliser durablement la frontière israélo-libanaise.
Le Parlement sest réjoui de la chute du régime dAssad en Syrie, soutenu jusque-là par la Russie et lIran, dont linfluence apparaît désormais affaiblie. Il sest félicité du nouveau départ pris par les relations entre lUnion et la Syrie mais a insisté sur la nécessité de ne pas faire preuve dindulgence envers les ressortissants européens ayant combattu pour des groupes islamistes. Il a renouvelé son soutien indéfectible à lintégrité territoriale de la Syrie.
3) Encourager la coopération avec des partenaires partageant les mêmes valeurs
Les députés ont réitéré leur appel pour que le Conseil passe progressivement au vote à la majorité qualifiée pour les décisions dans les domaines de la PESC qui n'ont pas d'implications militaires ou de défense. Dans un monde plus multipolaire et moins multilatéral, ils ont souligné que les enceintes multilatérales, dont les plus importantes sont les Nations unies et leurs agences, devraient être la forme de coopération privilégiée par lUnion.
Le Parlement sinquiète de voir augmenter le nombre de membres des BRICS (qui représente actuellement 45% de la population mondiale), soulignant quune telle coopération exclusive donne à la Russie les moyens de contourner les mesures destinées à lisoler politiquement et permet à la Chine détendre encore son influence. Il a déploré la rapidité avec laquelle la nouvelle administration américaine a renversé les partenariats établis et la tradition diplomatique ainsi que les récents propos du vice-président des États-Unis J.D. Vance, qui mettent en doute les valeurs communes qui sous-tendent le partenariat transatlantique. Le Parlement estime néanmoins que la relation transatlantique reste indispensable à la sécurité des partenaires des deux côtés de lAtlantique et juge essentiel de poursuivre le dialogue avec ses homologues américains au niveau fédéral et des États.
Les députés ont demandé la tenue dun sommet Inde-UE afin de maintenir les relations bilatérales au premier rang des priorités et ont encouragé la Commission à prendre des mesures pour préparer les négociations dun accord dinvestissement avec Taïwan.
Dune manière générale, le Parlement a souligné limportance de nouer de nouvelles alliances, notamment avec les pays du voisinage ainsi que dans les pays du Sud global, afin de favoriser la mise en place de partenariats réels, équilibrés et équitables, et de conclure avec les pays tiers des accords politiques fondés sur des valeurs européennes communes et les droits fondamentaux.
4) Encourager laction de l'UE à l'étranger
Les députés ont souligné la nécessité pour l'UE de renforcer la visibilité et l'efficacité de laction extérieure de la VP/HR, regrettant que la représentation extérieure de l'UE manque parfois de clarté. Ils ont demandé que le SEAE - tant son siège que les délégations de l'UE - soit renforcé par la mise à disposition des ressources financières et humaines appropriées. Ils ont également réaffirmé que le Parlement joue un rôle à part entière dans la PESC, soulignant que la diplomatie parlementaire dispose dun grand potentiel pour associer les principaux acteurs politiques et faciliter la gouvernance démocratique.
Cadre financier pluriannuel (CFP) et contrôle parlementaire
Le Parlement a souligné l'importance du contrôle parlementaire sur les décisions relatives à la PESC et à la PSDC qui entraînent des dépenses, et invité la vice-présidente/haute représentante à consulter le Parlement avant de proposer de telles décisions afin de garantir la transparence et la responsabilité. Les députés ont regretté l'insuffisance du budget alloué aux missions civiles de la PSDC et ont demandé au Conseil européen de prévoir daugmenter substantiellement le financement de la PESC en le plaçant sous une rubrique distincte intitulée «PESC civile et gestion des crises».
Dans le contexte du prochain cadre financier pluriannuel (CFP), la Commission est invitée à proposer des ressources pour l'action extérieure de l'UE, y compris le soutien aux droits de l'homme, à la démocratie et au développement dans les pays tiers, ainsi que le financement de la diplomatie numérique et verte. Les députés ont également demandé à la Commission de présenter ses propositions de CFP d'ici le premier semestre 2025.