Les droits de l’homme et la démocratie dans le monde et la politique de l’Union européenne en la matière – rapport annuel 2024
Le Parlement européen a adopté par 390 voix pour, 116 contre et 126 abstentions, une résolution sur les droits de lhomme et la démocratie dans le monde et la politique de lUnion européenne en la matière - rapport annuel 2024.
Défis mondiaux pour la démocratie et les droits de lhomme
Le Parlement a insisté sur le devoir qui incombe à lUnion et à ses États membres de promouvoir et de protéger la démocratie et luniversalité des droits de lhomme dans le monde. Il a demandé à lUnion et à ses États membres de montrer lexemple, de promouvoir et de défendre strictement les droits de lhomme et la justice internationale. Le respect, la protection et lapplication des droits de lhomme et des libertés fondamentales devraient être la pierre angulaire de la politique extérieure de lUnion.
Dénonçant la montée de lautoritarisme, du totalitarisme et du populisme, les députés ont condamné en particulier la tendance croissante aux violations des droits de lhomme et des principes et valeurs démocratiques dans le monde (recul des droits des femmes, torture, répressions à lencontre de la société civile, etc), ainsi que le rétrécissement de lespace dévolu à la société civile dans le monde entier.
Le Parlement sinquiète de la crise internationale qui sévit actuellement pour ce qui concerne lobligation de rendre des comptes et les difficultés auxquelles se heurtent les actions visant à mettre un terme à limpunité pour les violations des normes fondamentales du droit international relatif aux droits de lhomme et du droit international humanitaire dans les conflits mondiaux. Il a souligné les graves conséquences que peut avoir le discrédit jeté sur les organisations et enceintes multilatérales, telles que les Nations unies, et les attaques menées contre elles, ce qui peut favoriser une culture de limpunité.
Renforcer la boîte à outils de lUnion
Les députés se félicitent de la prolongation du plan daction de lUnion européenne en faveur des droits de lhomme et de la démocratie jusquen 2027, en vue de maximiser les synergies et la complémentarité entre les droits de lhomme et la démocratie aux échelons local, national et mondial.
La résolution :
- appelle de ses vux une meilleure visibilité du rôle du Représentant spécial de lUnion européenne (RSUE) pour les droits de lhomme et demande que le RSUE bénéficie de ressources supplémentaires;
- rappelle le rôle fondamental que joue linstrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDCI) - Europe dans le monde et demande la suspension des projets de la politique européenne de voisinage qui contribuent directement ou indirectement aux violations des droits humains dans les pays tiers;
- réitère son appel en faveur de clauses robustes en matière de droits de lhomme dans les accords entre lUnion et les pays tiers, assorties dun ensemble clair de critères et de procédures à respecter en cas de violations;
- souligne la nécessité daccroître la visibilité des dialogues de lUnion sur les droits de lhomme;
- suggère que le régime mondial de sanctions de lUnion et dautres régimes de sanctions ad hoc soient utilisés de manière renforcée à lencontre des personnes qui sont responsables de graves violations des droits de lhomme et du droit humanitaire international, y compris des hauts fonctionnaires;
- demande à la Commission détendre ses activités de soutien à la démocratie en augmentant le financement destiné aux organes et organismes de lUnion et en soutenant directement la société civile, vu les attaques croissantes que mènent des régimes autoritaires et illibéraux contre les principes, les valeurs et le pluralisme démocratique;
- souligne lurgence de procéder à une révision complète des orientations de lUnion concernant les défenseurs des droits de lhomme compte tenu de la restriction continue de lespace dévolu à la société civile et de laugmentation des menaces qui pèsent sur le travail des défenseurs des droits de lhomme et des membres des OSC;
- insiste sur le rôle important de la société civile et des journalistes au sein des pays tiers dans le contrôle de la lutte contre limpunité et la corruption et demande à lUnion dintensifier les efforts en matière de réforme de la justice, de lutte contre limpunité ainsi que damélioration de la transparence et des institutions de lutte contre la corruption dans les pays tiers;
- invite tous les États à se conformer pleinement et sans condition au droit international humanitaire, demande la mise en place systématique de couloirs humanitaires dans les régions en guerre et daccorder une large priorité à légalité des sexes et à la santé et aux droits sexuels et génésiques dans leur réponse aux crises humanitaires et des réfugiés. Les députés ont déploré la discrimination et la violence dont sont victimes les femmes et les filles, notamment lors des conflits.
Actions de lUnion au niveau multilatéral
Le Parlement a mis laccent sur le rôle particulièrement important de lOrganisation des Nations unies en tant que principale enceinte qui doit être en mesure de faire progresser efficacement les efforts en faveur de la paix et de la sécurité, du développement durable et du respect pour les droits de lhomme. Il a réaffirmé que lUnion et ses États membres doivent parler dune seule voix au sein des Nations unies et des autres enceintes multilatérales.
Les États membres et les partenaires qui partagent leurs valeurs sont invités à élaborer une stratégie solide pour contrer les attaques lancées de plus en plus fréquemment contre lordre mondial fondé sur des règles par des régimes autoritaires et totalitaires.
Les députés ont réaffirmé le soutien résolu de l'UE à la Cour internationale de justice et à la Cour pénale internationale (CPI) en tant qu'institutions juridictionnelles essentielles, indépendantes et impartiales, dans un contexte particulièrement difficile pour la justice internationale. Ils ont exprimé leur profonde inquiétude quant aux sanctions imposées à la CPI, qui constituent une attaque grave contre le système judiciaire international, et ont invité la Commission à activer durgence la loi de blocage et les États membres à renforcer leur action diplomatique pour protéger et sauvegarder la CPI.
Relever les défis dans le domaine des droits de lhomme universels et de la démocratie
La résolution formule une série de recommandations en ce qui concerne : i) le droit de ne pas être soumis à la torture ni à dautres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ii) le droit à la liberté de réunion et dassociation pacifiques, iii) le droit à lalimentation, à leau et à lassainissement, iv) les droits de lenfant, v) les droits des femmes, des réfugiés, des personnes LGBTIQ+, des personnes âgées, vi) le droit à légalité et à la non-discrimination, vii) le droit à la vie (vers labolition universelle de la peine de mort), viii) le droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion et de conviction, ix) les droits des peuples autochtones, x) le droit à la participation publique et xi) le rôle du commerce en tant quinstrument majeur pour améliorer la situation des droits de lhomme dans les pays partenaires de lUnion.
Enfin, le Parlement sest dit préoccupé par la menace que représente lintelligence artificielle (IA) pour la démocratie et les droits humains lorsquelle nest pas correctement réglementée, soulignant la nécessité dun contrôle, dune transparence stricte et de protections appropriées pour les technologies nouvelles et émergentes, ainsi que dune approche fondée sur les droits de lhomme. Les députés sinquiètent également de la manière dont linternet est utilisé pour restreindre la liberté politique et porter atteinte à lintégrité des élections.