Politique de concurrence – rapport annuel 2024
Le Parlement européen a adopté par 358 voix pour, 124 contre et 79 abstentions, une résolution sur la politique de concurrence - rapport annuel 2024.
Le Parlement affirme que la politique de concurrence devrait contribuer à toutes les politiques de lUnion, notamment dans les domaines de la durabilité, de lénergie, de la défense et de la numérisation. Il a salué de lengagement pris par la Commission de mettre en place un nouveau cadre en matière daides dÉtat pour accompagner le pacte pour une industrie, tout en veillant à ce que cela nentrave pas linnovation, naugmente pas les prix et ne réduise pas la concurrence sur le marché intérieur.
La résolution souligne que la force et limportance mondiales du marché unique de lUnion découlent non seulement de sa compétitivité intérieure et extérieure, mais aussi de sa capacité à fixer des normes communes et de garantir la cohésion territoriale. Elle souligne également limportance de tenir compte lévolution de la réglementation et du marché au niveau international et dune coopération internationale renforcée entre autorités de concurrence, notamment via le réseau européen de la concurrence (REC).
Une Union compétitive
Le Parlement soutient lengagement pris par la Commission dinvestir dans la compétitivité durable, saluant les priorités du rapport Draghi selon lequel 800 milliards deuros par an sont nécessaires pour maintenir la compétitivité européenne, via des investissements publics et privés. Il reconnaît la nécessité urgente de réformes parallèlement à la mise en uvre effective des trois domaines daction décrits dans le rapport Draghi: i) la réduction de lécart avec les États-Unis et la Chine en matière dinnovation; ii) un plan conjoint pour la décarbonation et la compétitivité visant à accélérer la transition énergétique et à réduire le coût de lénergie; et iii) le renforcement de la sécurité et la réduction des dépendances.
La résolution souligne la nécessité dune politique industrielle coordonnée, ciblée et véritablement européenne pour stimuler la compétitivité. Cela ne doit pas se traduire par des positions dominantes sur les marchés ou des abus en la matière, ni par une distorsion des prix. Des procédures efficaces de contrôle des concentrations doivent être mises en place.
Les députés estiment par ailleurs que toute aide dÉtat accordée doit être compatible avec les objectifs stratégiques de lUnion. Ils ont pris acte de lintention de la Commission de formuler des orientations sur la compatibilité des aides dÉtat avec les questions dinnovation, de climat et de sécurité économique, ainsi que de ses actions visant à réduire et à supprimer progressivement les subventions aux combustibles fossiles.
Les aides dÉtat utilisées pour répondre à des objectifs de politique industrielle ne doivent pas altérer les conditions des échanges ni lintérêt commun. Les députés signalent à cet égard que le morcellement des aides dÉtat crée des conditions de concurrence inégales et invitent la Commission à surveiller ces incidences et à garantir lintégrité du marché unique, ce qui peut se faire par lintermédiaire dun instrument de financement commun pour une politique industrielle européenne, tel quun Fonds européen de compétitivité. La Commission et les États membres sont invités à ne pas sengager dans une course aux subventions, qui ne ferait quexacerber les distorsions du marché.
La résolution souligne limportance des projets importants dintérêt européen commun (PIIEC) pour le financement de projets au sein de lUnion revêtant une dimension transfrontière. Les PIIEC devraient posséder une véritable valeur ajoutée européenne.
Concentrations
Le Parlement note que les seuils de chiffre daffaires prévus par le règlement CE sur les concentrations pourraient ne pas suffire à eux seuls à détecter toutes les affaires qui devraient être examinées par les autorités de la concurrence. Il soutient la proposition du rapport Draghi relative à une «défense de linnovation» dans les cas où une concentration accroît la capacité dinnover et lincitation à le faire. La Commission est invitée à présenter une proposition législative visant à supprimer les obstacles nationaux qui peuvent lempêcher de considérer le marché de lUnion comme le marché à prendre en considération dans lanalyse des concentrations. Les députés demandent également une mise à jour des cadres dévaluation des concentrations afin de tenir compte des réalités de léconomie numérique.
Politiques sectorielles
Le Parlement se félicite des décisions de la Cour de justice de lUE confirmant lillégalité de laccord fiscal entre Apple et lIrlande, et condamnant Google pour abus de position dominante. Il encourage la Commission à poursuivre la lutte contre les abus en matière daides dÉtat impliquant loctroi sélectif dallègements fiscaux sélectifs pour les entreprises.
Les députés déplorent la concurrence fiscale internationale, soutiennent la mise en uvre du pilier 2 de lOCDE, et critiquent la décision des États-Unis de ne pas appliquer laccord fiscal mondial, insistant sur limportance du multilatéralisme pour garantir que les multinationales paient leur juste part de limpôt là où la valeur est créée.
Face aux concentrations inquiétantes sur divers marchés numériques (médias sociaux, moteurs de recherche, IA, services en nuage, commerce électronique, puces électroniques et publicité en ligne), le Parlement prie la Commission de se pencher sur les questions propres au marché des technologies, et demande louverture de nouvelles enquêtes dans le secteur des services dinformatique dématérialisée. Le développement rapide des services dIA risque dentraîner une concentration du marché. La Commission est invitée à adopter une approche écosystémique à légard de ce secteur et à étudier la possibilité dajouter lIA générative en tant que nouveau service de plateforme de base dans le cadre du règlement sur les marchés numériques.
Le Parlement a exprimé ses inquiétudes sur:
- le recours accru aux mécanismes de tarification dynamique dans lensemble de lUnion;
- le morcellement de nombreux marchés de consommation, y compris les services financiers, les télécommunications et lénergie domestique;
- la forte concentration des secteurs de la distribution, de lagriculture et de lautomobile dans les territoires doutre-mer;
- le degré élevé de concentration des marchés dans le secteur financier européen, ainsi que sa dépendance excessive à légard dun nombre restreint de prestataires de services de pays tiers;
- les fortes concentrations de marché dans les chaînes dapprovisionnement alimentaire;
- la position dominante de deux systèmes de cartes internationaux sur le marché des paiements de lUnion et leur implication dans des pratiques qui renforcent et étendent leur domination sur ce marché.
Enfin, le Parlement demande à être associé de manière suffisante à lélaboration de la politique de concurrence. Il a invité la Commission à entamer des négociations en vue dun accord interinstitutionnel sur la politique de concurrence et le Conseil européen dadopter une décision prévoyant ladoption dactes législatifs dans le domaine de la politique de concurrence conformément à la procédure législative ordinaire.