Lutte contre les abus sexuels et l’exploitation sexuelle des enfants, ainsi que la pédopornographie. Refonte
Le Parlement européen a adopté par 599 voix pour, 2 contre et 62 abstentions, des amendements à la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil relative à la lutte contre les abus sexuels et lexploitation sexuelle des enfants, ainsi que contre les matériels relatifs à des abus sexuels sur enfants, et remplaçant la décision-cadre 2004/68/JAI du Conseil (refonte).
La question a été renvoyée à la commission compétente pour négociations interinstitutionnelles.
Les principaux amendements adoptés en plénière sont les suivants :
Objectif
La directive établira des règles minimales relatives à la définition des infractions pénales et des sanctions dans le domaine des abus sexuels et de lexploitation sexuelle des enfants, du matériel relatif à des abus sexuels sur enfants et de la sollicitation denfants à des fins sexuelles, y compris si les infractions sont commises au moyen des technologies de linformation et de la communication.
Consentement et exemption pour les pairs
Étant donné que labsence de consentement fait partie des éléments constitutifs de certaines des infractions énoncées dans la directive, les députés ont proposé dintroduire une définition du consentement.
Il est précisé quun enfant qui a atteint la majorité sexuelle nest pas réputé avoir donné son consentement lorsque lenfant nest pas en mesure de se forger une volonté libre ou en raison dautres circonstances, y compris son état physique ou mental, par exemple un état dinconscience, de sommeil, débriété, de surprise, de figement (freezing), de maladie ou de blessure physique.
Une exemption dincrimination devrait être prévue pour les activités sexuelles consenties entre pairs (à savoir les personnes dâges proches ayant atteint un niveau de développement et de maturité psychologique et physique semblable), pour autant quil ny ait ni abus de confiance ni dépendance entre les pairs. Le fait, pour lauteur de linfraction de sêtre fait passer pour un mineur ou un pair, serait une circonstance aggravante.
Adaptation aux évolutions technologiques
La définition de matériel relatif à des abus sexuels sur enfants devrait inclure toute représentation, par quelque moyen que ce soit, des parties intimes dun enfant à des fins principalement sexuelles, ainsi que toutes images réalistes, pseudo-photographies, reproductions ou représentations dun enfant se livrant à un comportement sexuellement explicite ou des parties intimes dun enfant, à des fins principalement sexuelles, quelle que soit la méthode de création ou de manipulation, y compris par lutilisation de lintelligence artificielle ou de technologies dhypertrucage.
Peines pour les infractions liées aux abus sexuels
Les députés ont proposé daugmenter les peines maximales pour plusieurs infractions liées aux abus sexuels sur les enfants, notamment en cas dactivités sexuelles impliquant un mineur ayant atteint la majorité sexuelle mais nayant pas consenti. Ces infractions seraient passibles dune peine maximale dau moins dix ans demprisonnement
Le fait de contraindre ou de forcer un enfant à partager du matériel représentant ses parties intimes sans son consentement afin dobtenir de largent, du matériel relatif à des abus sexuels sur enfants ou tout autre avantage serait passible dune peine maximale dau moins huit ans demprisonnement.
Lacquisition ou la détention de matériel relatif à des abus sexuels sur enfants pour un usage privé serait passible dune peine maximale dau moins deux ans demprisonnement. La distribution, la diffusion ou la transmission de matériel relatif à des abus sexuels sur enfants serait quant à elle passible dune peine maximale dau moins quatre ans demprisonnement.
Suppression des délais de prescription
Les députés ont proposé que les délais de prescription soient supprimés étant donné quil est possible que les enfants ne comprennent pas totalement que ce qui sest passé constituait un abus, en particulier si lauteur était une adulte de confiance. Les enfants survivants devront peut-être atteindre lâge adulte pour acquérir la maturité émotionnelle qui leur permettra de reconnaître labus pour ce quil était. Aucun délai de prescription ne devrait sappliquer au droit des victimes à une indemnisation.
Sollicitation en vue de commettre des abus sexuels
Serait passible dune peine maximale dau moins cinq ans demprisonnement, le fait de promettre ou doffrir intentionnellement à quiconque de largent ou toute autre forme de rémunération ou de contrepartie, afin de lamener à commettre des infractions liées à des abus sexuels, y compris leur diffusion en direct.
Chaque État membre devrait prendre les mesures nécessaires pour que les voyages à des fins dabus sexuels et dexploitation sexuelle denfants dans un pays autre que lÉtat membre soient punissables en tant quinfraction pénale lorsquils sont intentionnels.
Enquêtes et poursuites
Des outils dinvestigation efficaces, tels que ceux utilisés dans les affaires de criminalité organisée, devraient être mis à la disposition des personnes, des unités ou des services chargés des enquêtes ou des poursuites concernant les infractions liées à des abus sexuels. Sil y a lieu, ces outils devraient comprendre des outils denquête spéciaux comme la possibilité de mener des enquêtes discrètes, linterception de communications, la surveillance électronique ou de comptes bancaires, dans le respect du droit national.
Signalement
Les États membres devraient :
- veiller à ce quau moins tous les professionnels et bénévoles qui travaillent en contact étroit avec des enfants, y compris dans les secteurs de la protection de lenfance, de léducation, du sport, de la garde denfants et des soins de santé, ainsi que les professionnels du droit, les enseignants et les éducateurs, les juges aux affaires familiales et les policiers de terrain soient informés et formés de sorte à reconnaître les abus sexuels sur enfants;
- veiller à lexistence de mécanismes de signalement accessibles, visibles, clairs, conviviaux et qui tiennent compte de la dimension de genre, et à ce que ces mécanismes soient dotés de ressources humaines et financières suffisantes;
- prendre les mesures nécessaires pour permettre le signalement par des tiers.
Les États membres devraient assurer, le cas échéant, une coopération efficace avec Eurojust et Europol en ce qui concerne les procédures et enquêtes pénales relatives à des infractions dabus sexuels sur enfants.
Enfin, les États membres devraient veiller à ce que des services de soins de santé complets, gratuits et facilement accessibles soient fournis aux enfants victimes dabus sexuels ou dexploitation sexuelle, y compris des soins de santé sexuelle et génésique.