Le 28e régime: un nouveau cadre juridique pour les entreprises innovantes
Le Parlement européen a adopté par 492 pour, 144 contre et 28 abstentions, une résolution contenant des recommandations à la Commission concernant le 28e régime: un nouveau cadre juridique pour les entreprises innovantes.
Le Parlement se félicite de lengagement pris par la Commission de présenter une proposition législative relative à un 28e régime juridique pour les sociétés. Il propose que la forme de sociétés couverte par le 28e régime soit nommée «Societas Europaea Unificata» (S.EU, société européenne unifiée). Il insiste pour que les règles relatives au 28e régime soient les mêmes dans lensemble de lUnion et pour que les États membres ne soient pas autorisés à maintenir ou à introduire, dans leur droit national, de dispositions sécartant de celles prévues dans lacte législatif relatif au 28e régime.
Les députés estiment que le règlement est linstrument le plus approprié pour créer un 28e régime, une directive dharmonisation maximale pouvant servir le même objectif. Ils sopposent en revanche à lutilisation de larticle 352, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de lUnion européenne (TFUE) comme base juridique, car il requiert lunanimité au sein du Conseil, et voient dun il critique lutilisation de la coopération renforcée.
Le Parlement demande que la Commission soumette au plus tard pour la fin du premier trimestre de 2026, sur la base des articles 50 et 114 du TFUE, une proposition de directive, suivant les recommandations suivantes:
Le 28e régime - cadre juridique
La S.EU devrait se situer dans le prolongement des formes de société établies par le droit national. Les États membres seraient libres soit dautoriser les formes de sociétés nationales existantes à se transformer en S.EU, soit de créer une nouvelle forme de société nationale. Les fondateurs ou les propriétaires dune forme de société nationale devraient avoir la faculté de choisir dadhérer volontairement au nouveau régime, ce qui leur permettrait de donner à leur société lappellation «S.EU». Les ordres juridiques nationaux de tous les États membres devraient reconnaître automatiquement la S.EU en tant que société à responsabilité limitée.
Pour pouvoir être enregistrée en tant que S.EU, une forme de société nationale devrait respecter les conditions suivantes: i) il doit sagir dune entité juridique dotée dune capacité juridique automatiquement reconnue dans tous les États membres à la date de son enregistrement; ii) il doit sagir dune société à responsabilité limitée; iii) il ne doit pas sagir dune société cotée en bourse.
Pour constituer une société éligible à lenregistrement en tant que S.EU, lexigence de capital minimal immédiatement versé devrait, aux fins de limmatriculation de ladite société, être fixée à 1 EUR. La création et lenregistrement dune S.EU devraient être entièrement numériques et respecter le principe «une fois pour toutes», et devraient pouvoir être réalisés dans un délai de 48 heures.
Lors de sa création, une S.EU devrait recevoir une identité numérique et un identifiant dentreprise unifiés pour rationaliser lenregistrement, renforcer la transparence et la confiance, faciliter la vérification de lidentité des sociétés et lutter contre la fraude, le blanchiment de capitaux et lévasion fiscale. Pour faciliter la réalisation de ces objectifs, il convient de créer, ou dintégrer aux dispositifs existants, un portail numérique unique au niveau de lUnion appelé à servir de point dentrée direct pour les S.EU, et dont la gestion sera assurée par la Commission.
Garanties
Les règles relatives aux S.EU devraient être sans préjudice du droit du travail de lUnion et du droit du travail national, y compris les règles relatives à la participation des travailleurs aux représentants des travailleurs, ou les deux, aux affaires dune société. En principe, la S.EU devrait être traitée par son État membre dorigine de la même manière que la forme nationale de société à responsabilité limitée sur laquelle elle est fondée ainsi que par tout État membre daccueil, de la même manière que les sociétés de droit étranger comparables de lUnion.
Encourager les stratégies à long terme et les formes facultatives
Afin de stimuler les entreprises innovantes européennes et dattirer les investissements, les États membres devraient instaurer des règles permettant aux sociétés dadhérer volontairement et irrévocablement à des régimes de protection juridique supplémentaires permettant daider les entreprises européennes désireuses de se protéger contre les «acquisitions prédatrices» et les délocalisations. Ces régimes pourraient comprendre: i) la séparation des droits de vote et des droits économiques par lintermédiaire de différentes catégories dactions, ii) la qualification des droits de vote comme étant non transférables et non héréditaires; iii) la distribution des bénéfices aux investisseurs ou aux détenteurs de droits économiques sur la base dun accord contractuel limité dans le temps ou en montants.
Attirer et soutenir les talents
Le cadre des S.EU devrait faciliter la libre circulation au sein de lUnion, sans quil ne soit nécessaire de recourir à des intermédiaires dans les procédures administratives, tout en respectant les règles de lUnion et les dispositions nationales applicables en matière de droit du travail et de droit social.
La S.EU devrait prévoir des règles harmonisées facultatives dans toute lUnion sur les systèmes de participation financière des travailleurs, en particulier sur la structuration des plans dactionnariat des salariés (ESOP) facilités par une entité juridique distincte et la création de plans doptions sur actions pour les salariés (ESO). Cette mesure permettrait aux PME, aux start-up et aux scale-up non seulement dattirer les talents et dencourager lengagement à long terme, mais aussi de favoriser la participation entière et équitable des salariés à la valeur quils contribuent à créer grâce à leur travail et à leur capital intellectuel.
Attirer les capitaux
Le Parlement souligne que la proposition législative devrait apporter de la clarté aux investisseurs européens et étrangers, en leur permettant dinvestir par-delà les frontières selon des règles harmonisées. Il demande lélaboration de documents types normalisés et multilingues, que les S.EU puissent utiliser dans lensemble de lUnion pour les conventions dactionnaires et les statuts. En outre, la proposition législative devrait contenir des règles harmonisées concernant les instruments de dette assimilables à des actions, y compris des règles dinsolvabilité liées à ces instruments, permettant aux investisseurs dinvestir dans une société sans acquérir de droits de contrôle sur celle-ci.
Règlement spécialisé des litiges
Les députés proposent de mettre en place un nouveau mécanisme spécialisé de règlement des litiges. La participation à ce mécanisme devrait être soumise au consentement des parties concernées. Les litiges relatifs au droit du travail individuel et collectif devraient être exclus de ce mécanisme.