Mise en œuvre de la politique de sécurité et de défense commune – rapport annuel 2025
Le Parlement européen a adopté par 395 voix pour, 197 contre et 70 abstentions, une résolution sur la mise en uvre de la politique de sécurité et de défense commune - rapport annuel 2025.
Un contexte géopolitique qui se détériore
Le Parlement a souligné que la Russie représente la menace principale et la plus importante pour lUnion et ses États membres et insisté sur la gravité et lurgence des menaces que la Russie et ses alliés, tels que la Biélorussie, lIran et la Corée du Nord, font peser sur la sécurité européenne. Il a réaffirmé son soutien sans réserve à la souveraineté et à lintégrité territoriale de lUkraine et sest fermement opposé à toute initiative qui récompenserait la Russie pour son agression, entraînerait des changements territoriaux et verrait lavenir de lUkraine décidé sans lUkraine, et la sécurité de lEurope décidée sans les Européens.
Selon les députés, contribuer à la défaite de la Russie face à lUkraine et assurer le succès de cette dernière constituent les investissements les plus effectifs et les plus rentables dans la sécurité européenne à court et à moyen terme. Le Conseil, ainsi que ses partenaires étasuniens, sont invités à maintenir et à étendre son régime de sanctions contre la Russie, à appliquer une politique de sanctions similaire à tous les États qui la soutiennent, dont la Biélorussie, lIran et la Corée du Nord, et à sanctionner les entités chinoises qui fournissent des biens à double usage et des articles militaires.
Pour assurer une dissuasion efficace contre lagression russe et une paix durable au regard de lUkraine, des garanties de sécurité crédibles et solides sont nécessaires. Dans ce contexte, les députés accueillent très favorablement la proposition de créer une «force de réassurance» multinationale pour lUkraine.
Le Parlement a préconisé des mesures stratégiques pour lutter de manière proactive contre les menaces hybrides et prévenir les ingérences dans les processus démocratiques des pays en voie dadhésion. Il estime que la dépendance de lEurope à légard de données, de technologies critiques ou de chaînes dapprovisionnement externes, constitue une vulnérabilité majeure pouvant être exploitée à des fins de coercition. Il a invité la Commission à proposer une stratégie globale à léchelle de lUnion pour faire en sorte que lUnion puisse attirer et retenir des technologies critiques au sein de lUnion, y compris en limitant les prises de contrôle étrangères.
Le Parlement a déploré que, dans le sillage des attaques terroristes du 7 octobre 2023 menées par le Hamas, lescalade de violence et la violation du droit international à Gaza et dans lensemble de la région réduisent les chances de paix à long terme pour lensemble de la population du Moyen-Orient. Se félicitant du plan de paix négocié par les États-Unis entre Israël et le Hamas, qui a conduit à un cessez-le-feu, il a demandé à toutes les parties de respecter pleinement le cessez-le-feu, de remettre le corps du dernier otage décédé à sa famille, de permettre lacheminement rapide de laide humanitaire et de permettre laccès dautres missions dassistance civile. Il a préconisé délaborer une feuille de route réalisable en vue dune solution à deux États telle que prévue par la déclaration de New York approuvée par lAssemblée générale des Nations unies.
Les députés sont préoccupés par linstabilité persistante en Libye et les revers subis au Sahel, qui est devenu un foyer de violence djihadiste qui sétend du Sahel au Mozambique, avec un risque de répercussions sur les régions voisines et, en fin de compte, sur lEurope.
Le Parlement a insisté sur limportance de la stabilité et de la paix globales dans lArctique et demandé à lUnion et à ses États membres de prendre des mesures concrètes et efficaces en mettant en uvre tous les moyens disponibles pour stopper la flotte fantôme. Les députés sont préoccupés par lingérence de pays tiers au Groenland, ainsi que par les menaces explicites du gouvernement des États-Unis contre la souveraineté du Groenland et le refus récent dexclure une intervention militaire à cette fin. Ils estiment que cela représente une menace fondamentale pour les intérêts stratégiques de lUnion en matière de sécurité et demandent à lUnion et à ses États membres dy répondre par une action conjointe. Ils se sont félicités, à cet égard, de la déclaration conjointe du 6 janvier 2026 sur le Groenland faite par plusieurs États membres de lUnion, qui réaffirme que «le Groenland appartient à son peuple» et rappelle qu«il appartient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland».
Le Parlement a également exprimé sa consternation face à la stratégie américaine de sécurité nationale de décembre 2025, qui «formalise une approche américaine infondée consistant à considérer lUnion, y compris ses valeurs fondamentales, ses principes de gouvernance démocratique et plusieurs de ses objectifs fondamentaux en matière de sécurité, comme sopposant aux intérêts américains».
Les députés ont réaffirmé que lUnion reste attachée à sa politique dune seule Chine, qui constitue lun des principes des relations entre lUnion et la Chine. Ils sinquiètent de laccélération de la militarisation de la Chine et de sa posture agressive à légard de ses voisins.
Combler les lacunes en matière de dissuasion et remédier aux problèmes de capacités
Soulignant que la dissuasion de lUnion est défaillante, le Parlement a insisté, compte tenu de la détérioration rapide du contexte géopolitique, sur la nécessité de reconstituer les stocks épuisés, de combler les lacunes en matière de capacités critiques, de garantir linteropérabilité des forces armées, daccroître la production industrielle de défense, de créer un véritable marché unique européen pour les produits et les services de défense, daméliorer linteropérabilité, de promouvoir la standardisation conformément aux normes de lOTAN, et daccroître considérablement linvestissement dans linnovation.
Reconnaissant le rôle vital de lOTAN, et les États-Unis comme principal allié de lEurope, le Parlement a également souligné limprévisibilité et lisolationnisme croissants de la politique étrangère américaine, ainsi que le risque de réduction des troupes dEurope. Il a donc appelé à une planification d'urgence par l'UE, à une augmentation et à une coordination des dépenses de défense dans les États membres, à un renforcement des capacités de défense européennes et à une plus grande autonomie stratégique, tout en maintenant un partenariat transatlantique équilibré.
Les députés ont fait valoir que seule une coopération fondée sur des règles convenues d'un commun accord peut protéger contre la guerre et assurer une sécurité commune et ont appelé à renouveler larchitecture de sécurité européenne pour renforcer la coopération de l'UE avec l'OTAN. Dans le même temps, le Parlement a affirmé que les États membres de lUnion doivent également être prêts à agir de manière autonome sur la base de la clause dassistance mutuelle de lUnion européenne, à savoir larticle 42, paragraphe 7, du traité UE.
La résolution a souligné enfin quune action crédible de lUnion nécessite un quartier général de commandement et de contrôle permanent, capable de planifier, de commander et de mener des missions et opérations aux niveaux stratégique, opérationnel et tactique. Elle a demandé une nouvelle fois de progresser vers une structure européenne de commandement et de contrôle.