Législation sur le viol fondée sur la notion de consentement dans l'Union européenne
Le Parlement européen a adopté par 447 voix pour, 160 contre et 43 abstentions, une résolution sur la législation sur le viol fondée sur la notion de consentement dans lUnion européenne.
Un nouveau cadre légal
Le Parlement a invité la Commission à proposer dans les plus brefs délais une législation établissant une définition du viol à léchelle de lUnion fondée sur labsence de consentement libre, éclairé et révocable, conformément à larticle 36 de la convention dIstanbul. Les États membres qui continuent dutiliser des définitions du viol fondées sur la présomption de violence devraient engager des modifications législatives afin daligner cette définition sur les normes internationales les plus récentes.
Les députés ont rappelé que la législation fondée sur labsence de consentement constitue le seul cadre approprié, complet, sensible aux traumatismes et fondé sur des données probantes qui permette aux victimes dun viol daccéder à la justice. Ils ont invité de nouveau la Commission à présenter, sur la base de larticle 83, paragraphe 1, alinéa 3, du traité FUE, une proposition de décision du Conseil visant à reconnaître la violence sexiste comme un nouveau domaine de criminalité au niveau de lUnion.
Consentement clair, explicite et libre
Les députés ont souligné que seule une manifestation de consentement claire, explicite, libre et sans ambiguïté est valable, et que le silence, labsence de résistance verbale ou physique ou labsence dun «non» ne peuvent être interprétés comme un consentement. Ils ont également souligné:
- que le consentement préalable, le comportement sexuel antérieur ou toute relation passée ou présente avec lauteur de linfraction, y compris le statut marital ou tout autre statut de partenariat, nimplique pas un consentement continu ou futur à quelque acte sexuel que ce soit;
- que le consentement peut être retiré à tout moment avant et pendant lacte sexuel;
- que le consentement peut être exprimé de quelque manière que ce soit, pour autant quil soit donné volontairement comme résultat de la volonté libre de la personne et quil soit évalué dans le contexte des circonstances environnantes, étant entendu quil ne peut être donné dans les situations incluant la violence, des menaces, un abus du pouvoir, la peur, lintimidation, linconscience, létat débriété, la soumission chimique, le sommeil, la maladie, le handicap ou la vulnérabilité.
Les députés ont souligné limportance de reconnaître que les réactions aux traumatismes survenant lors dun viol ou dactes de violence sexuelle, telles que l«état de figement» et l«état de soumission» doivent être prises en compte dans la législation et la pratique judiciaire de manière à reconnaître juridiquement que labsence de résistance néquivaut pas à un consentement. La législation sur le viol fondé sur la notion de consentement devrait également sappliquer aux environnements numériques et virtuels.
Approche centrée sur les victimes
Le Parlement a demandé aux États membres de veiller à ce que les personnes victimes ou rescapées dun viol aient pleinement et immédiatement accès à des soins et services médicaux complets, sûrs, confidentiels et spécialisés aussi longtemps que nécessaire, complétés par un accès à des soins à long terme pour traiter les traumatismes, ainsi quà un soutien psychologique et psychosocial afin daider les victimes à se rétablir. Les personnes victimes ou rescapées de violences sexuelles devraient avoir accès à des centres daide durgence ouverts 24 heures sur 24, dans lesquels elles peuvent bénéficier de soins médicaux, dun soutien psychologique et de conseils juridiques sans avoir à déposer de plainte officielle. Les États membres devraient veiller à ce que les victimes et les rescapées de violences sexuelles aient accès à une aide juridique.
Les députés ont demandé instamment que des services publics soient mis à disposition à toutes les étapes du processus de réparation, notamment en ce qui concerne la mise à disposition dun soutien essentiel sur le plan psychologique et juridique ainsi quune aide à la recherche dun emploi.
Formation, éducation et sensibilisation
Le Parlement a invité les États membres à veiller à ce que les professionnels susceptibles dentrer en contact avec des victimes de viol, y compris les agents des services répressifs, le personnel médico-légal, le personnel judiciaire, les juges et les procureurs, les avocats, les professionnels de la santé, les employés des services sociaux, le personnel éducatif ainsi que les professionnels de première ligne, reçoivent une formation obligatoire, régulière, appropriée, efficace et adaptée. Cette formation devrait viser à prévenir la victimisation secondaire afin déviter les stéréotypes sexistes préjudiciables et déliminer les comportements et attitudes consistant à rejeter la responsabilité sur les victimes.
Les députés ont invité la Commission à présenter, dici 2026 et dans les 24 langues de lUnion, des lignes directrices sur léducation sexuelle et relationnelle fondée sur le consentement. Soulignant le rôle essentiel des campagnes de sensibilisation du public et des programmes de prévention dans la lutte contre les idées reçues sur le viol, les députés ont invité la Commission à mettre en place des campagnes visant à lutter contre les contenus misogynes et la propagande incel en ligne, qui ciblent particulièrement les jeunes hommes, banalisent la violence sexuelle et perpétuent des stéréotypes sexistes préjudiciables.
Enfin, le Parlement a invité les États membres à:
- adapter leur législation relative aux délais de prescription applicables aux infractions de viol;
- veiller à ce que toutes les victimes de violences sexistes obtiennent une réparation effective;
- prendre les mesures appropriées pour garantir que des programmes destinés aux auteurs dinfractions sont accessibles aux personnes qui sont orientées vers ces programmes ou qui sy inscrivent de leur propre initiative, y compris en dehors du système de justice pénale.