Un cadre fiscal cohérent pour le secteur financier de l’Union
Le Parlement européen a adopté par 418 voix pour, 152 contre et 85 abstentions, une résolution sur un cadre fiscal cohérent pour le secteur financier de lUnion.
Remédier à la fragmentation fiscale du secteur financier et accroître sa compétitivité
Les députés notent que 91 taxes sectorielles ont été introduites par les États membres pour taxer le secteur financier à la suite de la grande financière, ce qui se traduit par une forte fragmentation du paysage fiscal. Cette fragmentation de la fiscalité engendre des coûts opérationnels et administratifs supplémentaires et accroît les obstacles structurels à lexpansion transfrontière des prestataires de services financiers, ce qui affaiblit ainsi le secteur financier de lUnion et sa capacité dinvestissement et compromet les objectifs de lunion de lépargne et des investissements (UEI) et de lunion bancaire.
La fragmentation des régimes fiscaux nationaux accroît le risque de double imposition transfrontalière et peut entraver la croissance du secteur financier de lUnion et constituer un obstacle à une intégration plus poussée des marchés financiers de lUnion. En outre, la fragmentation devient plus préoccupante avec lémergence de nouveaux produits financiers et de nouvelles infrastructures de marché (ex : néobanques et banques numériques).
Selon le Parlement, la suppression des obstacles fiscaux aux investissements transfrontières au moyen de règles cohérentes au niveau de lUnion réduirait les coûts de mise en conformité, améliorerait lefficacité du marché, rendrait la situation juridique plus claire pour les flux de capitaux transfrontières et renforcerait la compétitivité des services financiers de lUnion, tout en limitant lévasion fiscale et la planification fiscale agressive. La résolution insiste sur la nécessité dun ensemble cohérent de règles pour le secteur financier de lUnion, tout en respectant la souveraineté fiscale des États membres et le principe de subsidiarité. La taxation des services financiers devrait contribuer à soutenir la compétitivité du secteur financier.
Les députés sont davis que la réduction de la fragmentation fiscale et lamélioration des canaux dinvestissement transfrontières sont essentielles pour mobiliser lépargne européenne en faveur de linvestissement au sein de lUnion.
Examen du régime de TVA applicable aux services financiers
Les députés observent que les arguments techniques qui avaient initialement justifié lexonération de TVA pour les services financiers, qui remonte à 1977, pourraient désormais être remis en cause par les progrès technologiques et la numérisation. Cette exonération ne constitue pas nécessairement un avantage pour les institutions financières, puisquelle les empêche de récupérer la TVA, perpétuant ainsi les distorsions du marché, pouvant créer un manque de transparence et augmenter les coûts pour les consommateurs.
Le Parlement regrette labsence de réforme de lexonération de la TVA pour le secteur financier, faute daccord entre les États membres, et met en avant les difficultés liées au groupement TVA, qui est actuellement appliqué de manière inégale dans les États membres. La Commission est invitée encourager les États membres à mettre en uvre le groupement TVA de manière cohérente et à étudier les possibilités dun cadre juridique plus clair, y compris la possibilité dun groupement TVA transfrontière.
Les députés notent également que la directive TVA ne contient pas de dispositions spécifiques pour les instruments financiers émergents, tels que les crypto-actifs, la finance décentralisée et les technologies financières, ce qui entraîne une insécurité juridique et freine linnovation. La Commission est invitée à clarifier le traitement TVA des services financiers émergents afin de garantir la neutralité technologique et des conditions de concurrence équitables dans lensemble de lUnion.
Le Parlement invite la Commission à examiner les incidences du régime actuel de TVA sur le secteur financier et à envisager des possibilités daction pour remédier aux effets de distorsion recensés. Toute réforme devrait réduire la TVA irrécupérable et lapplication fragmentée des règles, améliorer la sécurité juridique ainsi que léquité fiscale et renforcer la compétitivité des marchés financiers de lUnion, tout en préservant la stabilité financière.
De plus, toute modification du traitement TVA des services financiers devrait évaluer lincidence sur les services fournis aux consommateurs de détail, en particulier les ménages à revenus faible et intermédiaire, et éviter tout coût global supplémentaire.
Favoriser un cadre fiscal plus cohérent pour le secteur financier
Le Parlement rappelle que lUnion est confrontée à un important déficit dinvestissement dun montant de 750 à 800 milliards deuros par an en ce qui concerne la réalisation de ses objectifs en matière de climat, de numérique, dautonomie stratégique et dans le domaine de la défense. Afin de relever ces défis, une fiscalité équitable et plus cohérente du secteur financier pourrait contribuer à mobiliser des capitaux privés, stimulant ainsi les investissements de détail, et à renforcer les marchés européens des capitaux, tout en augmentant les recettes pour les investissements publics en faveur des priorités stratégiques de lUE.
Les règles fiscales applicables au secteur financier devraient être simplifiées, claires, transparentes et prévisibles afin de réduire la fragmentation, de permettre les investissements ainsi que les activités transfrontières tout en garantissant un niveau élevé de protection des consommateurs.