L’approche de l’Union en matière de politique fiscale des entreprises dans un environnement international en mutation
Le Parlement européen a adopté par 364 voix pour, 69 contre et 162 abstentions, une résolution sur lapproche de lUnion en matière de politique fiscale des entreprises dans un environnement international en mutation.
Compétitivité en matière de fiscalité internationale
Le Parlement souligne que pour attirer les investissements en vue de renforcer la compétitivité de lUnion, lenvironnement fiscal doit être stable, prévisible, attrayant et transparent, tout en respectant la flexibilité dont disposent les États membres pour adapter leurs systèmes fiscaux nationaux aux conditions économiques nationales. En raison des divergences et de la fragmentation des règles en matière dimpôt sur les sociétés, les entreprises de lUnion sont confrontées à une complexité et à des coûts plus élevés lorsquelles se développent au-delà des frontières ou quelles structurent leurs investissements au sein du marché unique.
Les députés saluent les efforts internationaux, tels que ceux entrepris par lOCDE, qui visent à instaurer des conditions de concurrence plus équitables en établissant un plancher mondial pour les obligations fiscales des entreprises multinationales au moyen dun taux dimposition effectif minimal. Ils regrettent toutefois que la mise en uvre du «Pilier Deux» à léchelle mondiale reste incomplète, de grandes économies telles que la Chine et lInde nayant pas appliqué la réforme.
Le Parlement est davis que la coexistence du Pilier Deux avec des régimes nationaux concomitants dimposition minimale - tels que le système américain NCTI et dautres régimes nationaux susceptibles de bénéficier dun statut de régime de protection au titre du système juxtaposé - conduit à un affaiblissement de lapplication à léchelon mondial et à une fragmentation.
La résolution constate avec inquiétude que les différences structurelles importantes entre le régime NCTI des États-Unis et le Pilier Deux se traduisent par des taux dimposition effectifs et des obligations de déclaration différents dune juridiction à lautre, ce qui désavantage les entreprises multinationales ayant leur siège dans lUnion et exerçant des activités aux États-Unis. Les députés invitent dès lors la Commission à analyser durgence lincidence du système juxtaposé et à en rendre compte, y compris en ce qui concerne les pertes de recettes potentielles que pourraient subir les États membres, et à proposer des solutions sur la manière de corriger les déséquilibres structurels créés par le système juxtaposé.
Le Parlement recommande à la Commission et aux États membres:
- de déployer pleinement des instruments pour lutter contre les avantages fiscaux anticoncurrentiels qui nuisent aux entreprises européennes;
- délaborer et dutiliser des instruments fiscaux conformes aux règles de lUnion en matière daides dÉtat afin dattirer et de conserver des activités à forte valeur ajoutée au sein de lUnion;
- de faire en sorte que la mise en uvre du Pilier Deux ne pénalise pas les incitations fiscales nationales légitimes en faveur de linnovation ainsi que de la recherche et du développement;
- de subordonner laccès aux instruments de financement européens, aux programmes de recherche et dinnovation et aux possibilités de marchés publics à une présence fiscale effective;
- délaborer un rapport annuel sur les différences de taux dimposition effectifs entre les entreprises multinationales de lUnion et de pays tiers opérant dans le marché unique.
Nécessité de simplifier, de rendre transparente et de clarifier la législation de lUnion
Les députés constatent avec inquiétude que la mise en uvre du Pilier Deux impose une nouvelle charge administrative et des coûts ponctuels importants aux entreprises contribuables dans son champ dapplication.
Se félicitant des efforts déployés par lOCDE pour introduire des voies simplifiées, le Parlement prend acte de la proposition de la Commission relative au train de mesures de simplification fiscale, qui comprend des mesures visant à réduire la charge administrative pesant sur les entreprises multinationales couvertes par la directive relative au Pilier Deux. Il invite les États membres à progresser rapidement en matière de simplification fiscale en réexaminant les mesures de déclaration et de lutte contre lévasion fiscale qui se chevauchent en vertu du droit fiscal de lUnion et en réduisant la charge administrative pesant sur les entreprises ayant leur siège dans lUnion. Il souligne la nécessité de tirer parti du processus dexamen omnibus dans le domaine fiscal pour remédier aux redondances des règles actuelles et pour rationaliser et simplifier lapplication des règles et des concepts communs.
Lutte contre les pratiques fiscales dommageables
Les députés se félicitent de la contribution du Pilier Deux à la réduction du nombre de juridictions appliquant des taux effectifs dimposition très faibles, ce qui représente une étape majeure vers la réduction des possibilités de pratiques dévasion fiscale. Ils notent toutefois que les pertes de recettes fiscales estimées résultant des stratégies BEPS des entreprises multinationales restent importantes. La Commission est invitée jouer un rôle plus ambitieux dans lamélioration de la coordination des mesures de lutte contre les abus et à intensifier la coopération internationale pour relever efficacement ce défi et préserver les recettes fiscales nationales des États membres. Les mesures de lutte contre les paradis fiscaux internationaux doivent également être renforcées.
Avenir de la coopération internationale en matière fiscale
Le Parlement déplore que la balance commerciale de lUnion en matière de services numériques se soit fortement déséquilibrée au profit dautres juridictions où les fournisseurs de technologies numériques, dintelligence artificielle et de services en nuage se sont développés rapidement, ce qui a accru le pouvoir économique et les bénéfices imposables dun petit nombre dentreprises multinationales numériques dont le siège social est situé en dehors de lUnion. Cette évolution pourrait exiger de repenser la réaffectation des droits dimposition.
Étant donné que les mesures unilatérales peuvent provoquer des représailles unilatérales, les députés soulignent quune solution mondiale en matière dimposition de léconomie numérique devrait reposer sur des mesures adoptées dans le cadre dune large participation et dune mise en uvre au niveau international, réduisant ainsi les risques de mesures de rétorsion. Ils encouragent néanmoins la Commission à continuer détudier les options possibles en cas de progrès insuffisants vers une solution mondiale.