Agenda 2000: l'élargissement, position PE sur les avis préalables de la Commission sur les demandes d'adhésion
1997/2183(COS)
Le rapport de MM. Arie OOSTLANDER (PPE, NL) et Enrique BARON CRESPO (PSE,
E) sur la communication de la Commission "Agenda 2000", adopté par 373 voix
contre 28 et 58 abstentions, considère que tout pays situé en Europe et
doté d'institutions démocratiques a vocation à faire partie de l'Union.
L'élargissement, qui est une réponse aux mutations intervenues sur le
continent européen, est un défi moral, politique et économique. Les députés
considèrent qu'une Union renforcée plutôt qu'affaiblie par l'élargissement
est dans l'intérêt des pays candidats et des Etats membres.
Si le Parlement européen insiste sur la nécessité de mettre en oeuvre une
stratégie d'élargissement n'excluant aucun pays candidat, il rappelle
également que l'adhésion doit être fondée sur le plein respect de l'acquis
communautaire et que les mesures de transition doivent être limitées dans
toute la mesure du possible.
Le Parlement rappelle aussi les critères d'adhésion énoncés par le Conseil
européen de Copenhague en 1993. Ces critères précisent que pour adhérer, un
pays candidat doit avoir des institutions stables garantissant la
démocratie, la primauté du droit, les droits de l'homme, le respect des
minorités et leur protection. Il doit aussi être doté d'une économie de
marché viable et avoir la capacité de faire face à la pression
concurrentielle et aux forces du marché à l'intérieur de l'Union.
Il doit avoir enfin la capacité d'assumer les obligations de l'adhésion
(respect de l'acquis communautaire) et notamment souscrire aux objectifs de
l'Union politique, économique et monétaire.
1) Stratégie de l'élargissement :
Permettre à tous les candidats de répondre aux critères fixés à Copenhague,
tel doit être le premier objectif stratégique de l'Union européenne. Pour
remplir cet objectif, il convient, dans un premier temps, de reconnaître le
droit moral d'entrée dans l'Union et de mettre en oeuvre une statégie qui
encourage les pays candidats à répondre aux critères de Copenhague. Pour y
parvenir, les travaux préparatoires doivent associer tous les Pays d'Europe
centrale et orientale.
Le Parlement considère que la décision prise par la Commission de
présélectionner les pays qui seraient en état d'assumer à moyen terme les
obligations liées à leur appartenance à l'Union n'est appropriée, ni sur le
plan politique, ni sur le plan économique. Il se dit convaincu que tous les
pays candidats ont le droit de participer d'emblée au processus
d'élargissement, étant entendu que le rythme des négociations pourra être
différent en fonction de la capacité de chaque pays d'accepter l'acquis
communautaire.
En conséquence, l'Union européenne doit être ouverte à toutes les
démocraties européennes qui souhaitent soutenir ses objectifs et le
Parlement demande au Conseil d'engager le processus d'élargissement avec
tous les pays candidats. Selon lui, tous les pays candidats qui remplissent
actuellement les critères fixés à Copenhague ont le droit d'entamer
simultanément le processus d'adhésion et de négociation renforcée au début
de 1998. Le Parlement partage l'avis de la Commission selon lequel les
négociations intensives devraient s'ouvrir tout d'abord, sur base
individuelle, avec les pays ayant réalisé les progrès les plus sensibles. Il
affirme aussi que l'Union doit s'abstenir d'arrêter à l'avance une date
d'adhésion effective. Sur le plan interne, le Parlement estime que le cadre
institutionnel issu du Traité d'Amsterdam ne réunit pas les conditions
nécessaires pour réaliser l'élargissement sans mettre en danger le
fonctionnement de l'Union et l'efficacité de son action. En conséquence, il
confirme l'avis émis dans sa résolution du 19 novembre 1997 sur le Traité
d'Amsterdam concernant les réformes institutionnelles qui doivent être
réalisées avant tout élargissement. Le Parlement considère la Conférence
européenne comme un instrument essentiel de coopération politique, mais
estime qu'elle ne saurait remplacer les négociations bilatérales relatives à
l'adhésion. Elle doit plutôt être conçue comme un instrument particulier en
matière de coopération paneuropéenne.
2) Impact sur la politique de l'Union européenne :
Sur le plan financier, le Parlement prend acte de l'avis de la Commission
qui estime qu'un PIB de 1,27% est suffisant pour répondre au défi auquel
sera confrontée l'Union européenne pendant la période 2000-2006. Cette
estimation est toutefois fondée sur ses hypothèses concernant la croissance
du PIB, la réforme des politiques communautaires et les résultats du
processus d'élargissement.
Le Parlement rappelle cependant son point de vue et estime que le système
en vigueur des ressources propres risque de ne pas suffire au financement
d'un élargissement efficace et que, compte tenu de la nécessité de prendre
en compte les facteurs impondérables, une clause de révision concernant les
dépenses et les ressources doit être prévue dans le nouveau cadre
financier.
Il rappelle le bilan globalement positif des élargissements précédents et,
estimant que l'élargissement renforcera le poids et l'influence de l'Union
dans le système économique internationale, souhaite que l'Union et les pays
candidats définissent, dès à présent, une stratégie coordonnée en ce qui
concerne les engagements à prendre dans le cadre de l'OMC.
Le Parlement considère indispensable que l'intégration progressive des pays
candidats aille de pair avec une politique plus résolue d'harmonisation des
aspects extérieurs du marché intérieur (coordination des politiques
commerciales).
Il se dit convaincu, compte tenu des atouts des pays candidats, que cela
augmentera la croissance économique dans les Etats membres. En tout état de
cause, il souligne que les coûts budgétaires de l'élargissement ne sont
qu'une fraction des dividendes de la paix obtenue après la guerre froide et
que miser sur l'élargissement est un moyen de préserver ces dividendes.
En termes de politique régionale et de cohésion économique et sociale, le
Parlement souligne à quel point il est important que les conséquences
financières de l'adhésion ne sapent pas les principes de solidarité et de
cohésion à l'intérieur de la Communauté.
A défaut de ressources financières appropriées, il peut en résulter une
réduction des moyens actuellement destinés aux régions de l'Union qui
bénéficient de la politique de cohésion. En conséquence, et indépendamment
du processus d'élargissement, il juge que la réforme de la politique
régionale est impérative.
En matière sociale, il estime que l'adaptation des pays candidats au modèle
social européen est une nécessité absolue et demande l'élaboration d'un
Livre blanc sur la situation et la politiquesociale des pays candidats.
Il demande en outre que la souplesse appropriée s'applique en ce qui
concerne les périodes de transition afin d'assurer une intégration qui soit
acceptable du point de vue social. Il propose également d'assurer un
développement économique, social et régional continu dans les pays
candidats.
L'adaptation de la politique agricole commune est également rendue plus
nécessaire encore par la perspective de l'élargissement. Le Parlement
considère en effet qu'en raison des écarts notables en matière de prix et
de l'opportunité de favoriser une politique de développement rural,
l'extension de la politique agricole commune aux nouveaux Etats membres
dans sa forme actuelle n'est pas souhaitable et qu'il conviendrait de
réfléchir à l'opportunité de fixer des périodes de transition de longue
durée pour l'application de cette politique dans les nouveaux Etats
membres.
Enfin, il prend acte, avec une profonde inquiétude, des constatations de la
Commission quant à la capacité administrative et judiciaire des pays
candidats à appliquer la législation communautaire. De même, il souligne
l'importance des problèmes environnementaux et de santé publique qui
sévissent dans les pays candidats et recommande la mise en oeuvre de
mesures dans ces domaines.